(Hong Kong) La cheffe de l’exécutif pro-Pékin de Hong Kong, Carrie Lam, a été chahutée une nouvelle fois au parlement jeudi, interrompue par des élus pro-démocratie qui ont été tirés de force hors de l’hémicycle par des agents de sécurité.

Jerome TAYLOR
Agence France-Presse

La rentrée du Conseil législatif (LegCo) s’était déroulée mercredi sous haute tension, trois mois après le saccage de la chambre par les manifestants qui avait obligé les élus à suspendre leurs travaux.

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Carrie Lam

Désignée par un comité acquis à Pékin pour diriger l’ex-colonie britannique, Mme Lam a dû renoncer mercredi à prononcer son discours de politique générale après avoir plusieurs fois été interrompue par l’opposition. Ses services ont finalement diffusé une vidéo d’elle lisant cette allocution à huis clos.  

Revenue jeudi au Parlement – majoritairement pro-Pékin – pour répondre aux questions des parlementaires sur son discours, elle a fait face à un chaos, des conseillers de l’opposition scandant des slogans au moment où elle prenait la parole. Plusieurs ont été conduits en dehors de l’hémicycle par les services de sécurité.

Elle s’est rabattue un peu plus tard sur Facebook Live pour s’exprimer en direct, mais les émojis et les commentaires critiques ont envahi sa page : les 9400 émojis de visages courroucés ont largement dominé 2100 likes et 632 cœurs.

Jimmy Sham hospitalisé

L’ex-colonie britannique vit depuis juin sa pire crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des manifestations et actions quasi quotidiennes pour dénoncer un recul des libertés, mais aussi les ingérences grandissantes de Pékin dans les affaires de sa région semi-autonome.

La mobilisation était née du rejet d’un projet de loi qui voulait autoriser les extraditions vers la Chine. Il a été suspendu début septembre, mais les manifestants ont entretemps considérablement élargi leurs revendications.

Faute de concession de l’exécutif hongkongais et de Pékin, le mouvement a pris un tour de plus en plus conflictuel, menant à des affrontements entre manifestants radicaux et forces de l’ordre.

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Sham

Jimmy Sham, une des figures du mouvement, était toujours hospitalisé jeudi, au lendemain de sa violente agression par un groupe d’environ cinq personnes armées notamment d’un marteau qui l’ont laissé dans une mare de sang dans le quartier populaire de Mongkok

M. Sham est le principal porte-parole du Front civil des droits de l’homme (FCDH), organisation qui prône la non-violence, et a été à l’origine des plus grandes manifestations pacifiques de ces derniers mois.

«Je continuerai de me battre» de manière «pacifique, raisonnable et non-violente», a déclaré M. Sham sur Facebook.

Son mouvement, le FCDH, a appelé à un nouveau rassemblement dimanche, mais attend qu’il soit autorisé par la police.  

Une crise sociale pour Mme Lam

Des agressions ont également été commises ces derniers temps par des manifestants radicaux contre des civils qui n’étaient pas d’accord avec eux ou des personnes soupçonnées d’être des partisans de l’exécutif pro-Pékin.

Le gouvernement central chinois comme les services de Mme Lam peinent à proposer une issue à cette crise qui plombe l’économie du centre financier asiatique.

Le discours de politique générale de Mme Lam devait pour elle être un moyen de reprendre l’initiative après des mois à essuyer les critiques de la rue.

Mais sans même parler de la forme – la diffusion sans précédent d’un enregistrement vidéo – elle a sur le fond échoué à convaincre. Des critiques sont venues des rangs même de sa majorité parlementaire pour dénoncer la faiblesse de ses propositions.

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Des conseillers de l’opposition ont scandé des slogans au moment où Carrie Lam prenait la parole.

Mme Lam a de nouveau interprété la contestation comme une crise non pas politique mais sociale, annonçant des créations de logements sociaux et la mise à disposition de terrains pour construire de nouveaux ensembles pour faire baisser le prix de l’immobilier.

Mais elle n’a fait aucune concession politique au mouvement pro-démocratie, réaffirmant que les progrès ne pourraient intervenir qu’après le retour au calme.

Les manifestants ont quant à eux toujours dit qu’ils poursuivraient leurs actions et leurs rassemblements tant que leurs revendications n’auront pas été entendues.

Outre des élections totalement libres, ils demandent une enquête indépendante sur les « violences policières » ou encore une amnistie pour les personnes arrêtées, qui sont plus de 2500.