(Séoul) La Corée du Sud a annoncé jeudi qu’elle allait rompre un accord de partage de renseignements militaires existant avec le Japon, suscitant des protestations de Tokyo et Washington sur fond de tensions diplomatiques et commerciales entre les voisins asiatiques.  

Agence France-Presse

« Nous avons décidé qu’il n’était pas dans l’intérêt national de maintenir l’accord qui a été signé avec l’objectif d’échanger des renseignements militaires sensibles », a annoncé Kim You-geun, le directeur-adjoint du bureau de la sécurité nationale de la « Maison bleue », le siège de la présidence sud-coréenne, en référence à un pacte connu sous le nom de GSOMIA.

Le ministre japonais des Affaires étrangères a qualifié ce geste d’« extrêmement regrettable ». « Je dois dire que la décision de mettre fin à ce pacte par le gouvernement sud-coréen est une totale erreur de jugement de la situation de la sécurité régionale », a estimé Taro Kono dans un communiqué.

« Nous ne pouvons accepter les affirmations de la partie sud-coréenne et nous allons protester vivement auprès du gouvernement de Corée du Sud », a-t-il ajouté.

De son côté, le Pentagone s’est dit « très inquiet et déçu » par la décision de la Corée du Sud, tandis que le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a de son côté appelé les deux pays à « maintenir le dialogue ».

« Nous exhortons chacun des deux pays à continuer à coopérer, à maintenir le dialogue », a affirmé M. Pompeo lors d’une conférence de presse avec son homologue canadienne Chrystia Freeland.

« Il est certain que les intérêts communs du Japon et de la Corée du Sud sont importants, notamment pour les États-Unis », a-t-il poursuivi. « Nous espérons que ces deux pays vont pouvoir remettre leur relation là où elle doit être ».

Les relations entre Tokyo et Séoul sont plombées depuis des décennies par des contentieux hérités de l’époque où la péninsule était une colonie nippone (1910-1945).  

Brouille

Et ce conflit latent est un casse-tête pour Washington, qui compte énormément sur la coopération entre le Japon et la Corée du Sud pour appuyer sa politique dans une région particulièrement tendue du fait de la menace nucléaire nord-coréenne et de la montée en puissance de la Chine.

La brouille entre Tokyo et Séoul a connu une nette aggravation ces dernières semaines, après que des tribunaux sud-coréens eurent exigé d’entreprises japonaises qu’elles dédommagent des Sud-Coréens qui avaient été forcés de travailler dans leurs usines durant l’occupation japonaise jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Tokyo a riposté le 2 août en décidant de rayer la Corée du Sud d’une liste d’États bénéficiant d’un traitement de faveur, mesure perçue comme une sanction par Séoul qui a répliqué aussitôt avec une radiation similaire.

Le directeur-adjoint du bureau de la sécurité nationale de la « Maison bleue », Kim You-geun, a accusé jeudi le Japon d’avoir pris sa décision du 2 août « sans présenter de justification claire ».

Selon lui, Tokyo a avancé des préoccupations en matière de sécurité et une perte de confiance vis-à-vis de la Corée du Sud, ce qui a entraîné des « changements importants » dans la nature de la coopération en matière de défense.

C’est dans ce contexte que Séoul a décidé de mettre à exécution sa menace de ne pas reconduire l’accord de partage de renseignements militaires.

Celui-ci avait été conclu en novembre 2016 sous l’égide de Washington dans le contexte de la montée en puissance des programmes balistiques et nucléaire nord-coréen.  

Le but du pacte était de mieux coordonner la collecte d’information sur le régime et les activités de la Corée du Nord.