Les résidants de Hong Kong qui souhaitent soutenir le mouvement de protestation secouant l’ex-colonie britannique sans croiser le fer avec les policiers trouvent de multiples façons d’exprimer leur solidarité avec les manifestants.

Marc Thibodeau
Marc Thibodeau La Presse

Certains forment des chaînes humaines, d’autres entonnent en chœur l’hymne du mouvement de contestation dans un centre commercial ou crient des slogans par la fenêtre à une heure prédéterminée de la journée pour faire entendre leur voix.

Cet engagement populaire se manifeste aussi par une abondante production artistique qui s’inspire directement de l’actualité.

Jasmine Tse, illustratrice professionnelle qui compte des dizaines de milliers d’abonnés sur Facebook et Instagram, témoigne du phénomène.

« Je sens que j’ai la responsabilité de faire quelque chose » pour soutenir le mouvement, relève l’artiste, qui suit de près les développements quotidiens afin de trouver l’inspiration.

PHOTO MARC THIBODEAU, LA PRESSE

L’illustratrice Jasmine Tse

J’écoute beaucoup les nouvelles pour trouver de nouveaux thèmes à dessiner. Mais les choses bougent tellement vite que j’ai du mal à suivre le rythme.

Jasmine Tse, lors d’une récente entrevue à Hong Kong

« Je ne pense pas que j’en ai fait assez », souligne Mme Tse, qui s’est rendue à quelques reprises dans les manifestations pour constater de visu comment les choses se passaient.

« J’ai voulu aller plus près de la première ligne, mais mes amis m’ont retenue parce qu’ils avaient peur que les choses tournent mal », indique-t-elle.

Certaines de ses illustrations visaient à dénoncer la violence policière et ont été mal reçues par les autorités, qui l’ont accusée de vouloir attiser « la haine » envers les forces de l’ordre.

Jasmine Tse craint que la pression croissante de la Chine sur l’ex-colonie britannique ne finisse par réduire comme peau de chagrin les libertés individuelles des résidants de Hong Kong et freine son travail.

« Ma plus grande peur est de ne plus pouvoir créer librement », souligne l’illustratrice, qui se réjouit de l’effervescence artistique autour du mouvement de contestation.

Des figurines politiques

Les étudiants qu’elle chapeaute à l’université, qui se concentraient souvent dans leur travail sur leurs préoccupations personnelles, se sont politisés et réservent une place importante au mouvement de contestation.

Un autre artiste, qui utilise le pseudonyme Ah C par crainte des autorités, a décidé quant à lui de produire des figurines détaillées inspirées des protestataires.

Elles montrent notamment de jeunes hommes et femmes portant casque, masque à gaz et lunettes.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DE L’ARTISTE

Des figurines de manifestants produites par l’artiste Ah C

L’homme de 40 ans, qui fabrique depuis longtemps des figurines, a installé ses créations à quelques reprises en marge des manifestations, suscitant des réactions enthousiastes des participants.

« J’essaie de documenter ce qui se passe à Hong Kong », indique l’artiste, qui souhaite laisser une trace des évènements actuels pour les générations futures.

Bien qu’il n’avait pas prévu les commercialiser, il dit avoir été submergé de demandes de gens souhaitant acquérir une copie de ses œuvres.

La production de quelques centaines d’exemplaires s’est avérée beaucoup plus difficile que prévu.

Une commande de parapluies miniatures faite en Chine continentale a notamment été bloquée par la poste parce que les parapluies ont désormais un caractère subversif en raison de leur utilisation par les protestataires de Hong Kong.

Ah C a aussi été attaqué sur les réseaux sociaux par des partisans du régime chinois qui lui reprochent agressivement de glorifier la contestation.

Jasmine Tse affirme avoir échappé pour l’instant à ces attaques en ligne.

Elle craint néanmoins que ses illustrations ne lui valent ultimement des ennuis si elle devait se rendre à Pékin ou à Shanghai.

« Ce type de peur ne devrait pas exister », se désole l’illustratrice.

D’autres marques de soutien 

Des symboles et des gestes

PHOTO MARC THIBODEAU, LA PRESSE

L’un des « murs de Lennon » aménagés à Hong Kong par des citoyens soutenant le mouvement de contestation

Hong Kong a vu apparaître de nombreux « murs de Lennon » dans la foulée des premières manifestations. Ces murs, inspirés de celui qui a été érigé en République tchèque au début des années 80 en hommage au chanteur des Beatles, s’étendent à certains endroits sur des dizaines de mètres. Les résidants sympathiques au mouvement de contestation viennent y apposer des papiers gommés porteurs de messages de soutien ou accolent des affiches et des photos de leur cru en lien avec la situation. Des partisans du régime chinois ont entrepris à de nombreux endroits de les démanteler, parfois sous la protection de la police locale. Ils sont souvent reformés en quelques jours.

Pepe la grenouille

ILLUSTRATION FOURNIE PAR MARC THIBODEAU

Une affiche annonçant une manifestation à Hong Kong qui utilise Pepe la grenouille

Cette grenouille produite par un illustrateur américain avait été récupérée par l’extrême droite aux États-Unis comme un outil de propagande avant que son créateur ne lance une bataille juridique pour faire cesser cette pratique. Elle est régulièrement utilisée aujourd’hui par les protestataires de Hong Kong sur les réseaux sociaux comme une sorte de mascotte. Selon le South China Morning Post, les résidants de l’ex-colonie britannique ignorent généralement tout de l’utilisation controversée du personnage qui a été faite en Occident.

Transport gratuit

PHOTO LAM YIK FEI, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Perturbations à l’aéroport de Hong Kong, le 13 août dernier

Nombre de protestataires peinent à quitter les lieux des manifestations lorsque les autorités interrompent les services de transport en commun et sont par conséquent plus susceptibles d’être arrêtés par la police. À maintes reprises, des citoyens disposant de voitures se sont rendus à proximité des lieux de contestation pour les ramener gratuitement vers un endroit sécuritaire. Cette approche a notamment été utilisée en août pour évacuer de nombreux manifestants qui avaient perturbé les activités de l’aéroport de Hong Kong.