(Islamabad) Un tweet du président Trump saluant l’arrestation «après dix ans de recherche» d’un Pakistanais soupçonné d’être un des cerveaux des attentats de Bombay, suscitait la raillerie jeudi sur les réseaux sociaux, ce dernier n’ayant jamais disparu de la vie publique dans son pays.

Agence France-Presse

Hafiz Saeed, le dirigeant du Jamaat-ud-Dawa (JuD), une organisation islamiste classée comme terroriste par l’ONU et que New Delhi considère comme une vitrine du Lashkar-e-Taiba (LeT), le groupe accusé d’être derrière les attentats de Bombay en 2008, a été arrêté mercredi dans l’est du Pakistan.

«Après dix ans de recherches, le prétendu “cerveau” des attentats terroristes de Bombay a été arrêté au Pakistan. Une grande pression a été exercée ces deux dernières années pour le retrouver!», a tweeté mercredi le chef d’État américain.

Hafiz Saeed n’avait pourtant jamais disparu des radars. Arrêté puis libéré à plusieurs reprises, il a prononcé de nombreux discours publics, accordé des interviews télévisées et a même tenté de lancer un parti politique pour les législatives de 2018 au Pakistan.

«C’est Hafiz Saeed. Pas (le personnage de fiction) Jason Bourne», a ironisé sur Twitter la présentatrice pakistanaise Amber Shamsi, affirmant qu’il était très facile d’accès ces dernières années.

«J’ai aussi interviewé Hafiz Muhammad Saeed pour @AJEnglish en 2015 dans une mosquée et une école dirigée par le JuD à Islamabad. Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour le retrouver», a commenté Asad Hashim, correspondant d’Al Jazeera à Islamabad.

La Commission des affaires étrangères des États-Unis a également moqué le président, citant les huit arrestations - et libérations - de Saeed depuis 2001. «Attendons qu’il soit reconnu coupable pour applaudir», a-t-elle tweeté.

La liberté de déplacement de Saeed au Pakistan irrite de longue date l’Inde, qui a exigé à plusieurs reprises qu’il soit poursuivi pour son rôle présumé dans les attentats de 2008, qui avaient tué plus de 160 personnes.

Beaucoup lient sa récente arrestation au fait que Donald Trump, qui a souvent accusé Islamabad de «duplicité» dans ses relations avec des groupes extrémistes, recevra lundi à la Maison-Blanche le premier ministre pakistanais Imran Khan.

«Hafiz Saeed n’était certainement pas en fuite quand je l’ai rencontré chez lui à Lahore en 2013. Sa liberté, ou son absence de liberté, dépend souvent de la pression internationale exercée sur le Pakistan» à son sujet, a tweeté Declan Walsh, ex-correspondant du New York Times au Pakistan.