Un militant redoute des dérapages lors d’une énième manifestation, demain

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Bien que le gouvernement de Hong Kong ait renoncé jusqu’à nouvel ordre à faire adopter une loi d’extradition controversée, la situation demeure tendue dans l’ex-colonie britannique et les risques de dérapage sont considérables.

Kong Tsung-gan, un écrivain et militant de 53 ans qui suit sur place depuis des années la bataille engagée entre le mouvement prodémocratique et Pékin, s’inquiète de ce qui pourrait survenir demain.

De jeunes protestataires ont appelé à manifester encore une fois devant le siège du gouvernement local pour obtenir notamment l’abandon formel du projet de loi plutôt que sa suspension, et ils ont reçu l’appui de plusieurs syndicats étudiants.

Bien que la plupart des opposants préconisent une approche non violente, il est possible qu’un noyau dur de militants tente à cette occasion de forcer le passage, comme ce fut le cas le 9 juin lors d’une manifestation violemment réprimée par les autorités.

Les policiers étaient équipés pour contenir facilement une telle poussée, mais ils en ont profité pour utiliser des moyens musclés visant à choquer et secouer l’ensemble de la population.

Kong Tsung-gan, écrivain et militant

Il s’attend à ce que les forces de l’ordre fassent preuve de retenue dans le but de désamorcer l’explosion sociale suscitée par la loi sur l’extradition, mais rien ne garantit que la journée ne prendra pas une autre tournure.

Nombre de résidants de Hong Kong craignent que la loi permette à Pékin de mettre le grappin sur des dissidents vivant dans l’ex-colonie et de les juger dans le système judiciaire chinois, aux ordres du Parti communiste.

Kong Tsung-gan note que les manifestations des dernières semaines à ce sujet ne sont que la plus récente illustration de la bataille fondamentale se jouant dans l’ex-colonie entre les représentants de Pékin et la population.

Le régime communiste, dit-il, « veut ramener la colonie sous son contrôle et en faire le plus rapidement possible une ville chinoise comme les autres » plutôt que de permettre le maintien des libertés prévues lors du transfert de la colonie par la Grande-Bretagne.

L’opposition réprimée

Avec l’appui de Pékin, les autorités locales n’ont cessé, depuis la fin du « Mouvement des parapluies », en 2014, de faire la vie dure aux militants prodémocratie, relève M. Kong, qui a documenté le phénomène.

Plus d’une trentaine de personnalités du mouvement ont été poursuivies en justice et la moitié ont été condamnées à la prison. L’un des condamnés les plus connus, Joshua Wong, vient d’en sortir.

La répression judiciaire a suscité peu de critiques à l’étranger et a enhardi Pékin, qui a erré par « excès de confiance » en essayant de faire passer la loi sur l’extradition.

« Ils ont été pris de court par la réaction populaire », souligne Kong Tsung-gan, qui s’attend à ce que Pékin, « furieux » de la situation, reparte à l’offensive dès que possible.

C’est la deuxième fois en cinq ans que ce grain de sable que représente Hong Kong pour la Chine est le lieu d’un soulèvement massif, et c’est particulièrement embarrassant pour un tenant de la ligne dure comme le président Xi Jinping.

Kong Tsung-gan

La bataille qui se joue à l’heure actuelle a une importance qui dépasse largement les frontières de l’ex-colonie, relève M. Kong, puisqu’elle reflète les tensions entre autoritarisme et démocratie qui secouent de nombreux États.

« Nous sommes en première ligne », relève le militant, qui presse les pays occidentaux de prendre la mesure de la menace posée par le géant chinois.

« L’Europe, les États-Unis, le Canada ont mis beaucoup trop de temps à réaliser le risque que représente pour leurs valeurs la Chine alors qu’elle continue de gagner en puissance économique et militaire », déplore-t-il.

Plutôt que d’unir leurs forces et d’agir de manière cohérente face à Pékin, la plupart des pays occidentaux font cavalier seul, devenant des cibles faciles pour les mesures de rétorsion chinoises en raison de leur poids limité.

Le commerce d’abord

Trop souvent, la priorité demeure « le commerce, le commerce, le commerce » et les questions de sécurité nationale, déplore le militant.

Même s’il aimerait voir une réponse plus musclée à l’étranger relativement à la situation à Hong Kong, Kong Tsung-gan n’y croit guère.

« Nous savons que le reste du monde ne va pas se porter à notre défense, que nous sommes seuls », conclut l’écrivain, qui n’en demeure pas moins optimiste pour la suite des choses.

« Nous allons continuer de donner à la Chine des maux de tête durables. Le régime qu’elle cherche à imposer ne peut perdurer », conclut-il.