La coalition libérale-conservatrice dirigée par Scott Morrison demeure à la tête de l’état australien. Le leader du Parti travailliste, Bill Shorten, a admis sa défaite alors que les sondages le présentaient comme légèrement favori, avant le vote de samedi.  

Isabelle Grignon-Francke Isabelle Grignon-Francke
La Presse

« C’est évident que le Parti travailliste ne sera pas en mesure de former le prochain gouvernement alors, dans l’intérêt national, j’ai appelé Scott Morrison pour le féliciter », a affirmé M. Shorten.  

PHOTO DAVID CROSLING, AAP VIA REUTERS

Le leader travailliste Bill Shorten était donné favori.

Les attentes étaient grandes envers le Parti travailliste, qui cherchait à mettre un terme à six ans de règne conservateur. L’institut Nine-Galaxy avait prédit une victoire de M. Shorten avec 52 % des votes. Les 17 millions d’Australiens appelés à voter en ont décidé autrement.   

Le premier ministre Morrison s’est félicité de cette victoire « miraculeuse », saluant les Australiens « silencieux ».   

Un climatosceptique à la tête du pays 

La thématique environnementale a été au cœur de cette campagne. L’Australie a connu un été marqué par des inondations historiques et des canicules records engendrant des incendies de forêt dévastateurs.   

Durant la campagne, l’ex-syndicaliste Bill Shorten affirmait être prêt à se mettre au travail dès maintenant pour agir et contrer les changements climatiques. Le vainqueur des élections est reconnu comme étant un climatosceptique.   

L’ouverture d’une partie de l’électorat de centre droit à l’écologie n’a pas pesé suffisamment dans la balance. Les banlieues australiennes aisées, les campagnes de l’Outback ravagées par les sécheresses, ainsi que les habitants de Melbourne n’ont pas été assez nombreux à se rendre aux urnes.  

Le Parti travailliste affichait un désir d’investir dans les énergies renouvelables, une option balayée du revers de la main par les libéraux qui ne veulent pas déstabiliser l’économie du charbon. En 2017, l’Australie était le 4e plus grand producteur de charbon.

L’économie australienne fait face à des enjeux de taille. Les derniers rapports de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) soulignaient la place centrale de la transformation des matières premières, mais également une saturation des investissements dans ce secteur.  

Surprise conservatrice  

« Tout le monde s’attendait à notre défaite », a affirmé un sympathisant du camp libéral, Anthony Ching. Lors de la conclusion de son mandat, le premier ministre Morrison s’était retrouvé seul pour défendre son bilan, sans l’appui de plusieurs de ses ministres. Il a pris le pouvoir en août dernier, après un putsch interne dans son parti.

Pendant la campagne électorale, il a misé sur une forte présence médiatique. Il a interpellé les tranches les plus aisées de la société, mais également les électeurs inquiets des changements proposés par le Parti travailliste. Le groupe de M. Shorten souhaitait réorganiser les finances publiques afin d’investir dans l’éducation, le climat et la santé.

PHOTO WILLIAM WEST, AGENCE FRANCE-PRESSE

Une partisane de Bill Shorten a versé quelques larmes à la suite de sa défaite.

Scott Morrison a bénéficié de l’appui des médias conservateurs de Rupert Murdoch, actionnaire majoritaire de News Corporation, un des empires médiatiques les plus importants.   

Polarisation  

Les premiers résultats des élections législatives australiennes démontrent un profond clivage de l’électorat, avec une montée des petits partis d’extrême droite et populistes. L’un d’entre eux, Clive Palmer, un millionnaire qui n’est pas sans rappeler Donald Trump avec son slogan « Make Australia Great », pourrait bien entrer au Sénat après avoir saturé l’espace médiatique et dépensé sans compter.  

L’élection australienne a été ponctuée de violences racistes et sexistes. Des candidats ont même renoncé à la course après s’être fait harceler sur les médias sociaux.   

L’Australie vient d’élire son sixième premier ministre en une décennie.   

Avec l’Agence France-Presse