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Inde: quand l'homme se cache derrière la sécheresse

Dans quelque 12 000 villages indiens, l'eau est pratiquement... (PHOTO AMIT DAVE, ARCHIVES REUTERS)

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Dans quelque 12 000 villages indiens, l'eau est pratiquement indisponible non seulement pour l'agriculture, mais également pour la consommation courante.

PHOTO AMIT DAVE, ARCHIVES REUTERS

Frédérick Lavoie

Collaboration spéciale

La Presse

(Shivri, Inde) Quelque 12 000 villages sont actuellement rationnés en eau, en Inde, dans l'État du Maharashtra, qui connaît sa pire sécheresse en 40 ans. L'eau coule pourtant à flots dans les plantations de canne à sucre, contrôlées par les barons de l'industrie sucrière, pour plusieurs également ministres, rapporte notre collaborateur.

Ceci est une histoire d'eau, de sucre, de pouvoir et d'argent. C'est l'histoire d'une sécheresse que les seuls caprices de Dame nature ne suffisent pas à expliquer. Une sécheresse derrière laquelle se cache la main de l'homme, riche et puissant.

La dernière saison des pluies a été particulièrement mauvaise au Maharashtra, vaste État de 100 millions d'habitants dans l'ouest de l'Inde. Plusieurs régions ont reçu moins de la moitié des précipitations normales. Lacs, rivières, puits et autres réservoirs n'ont pas pu faire le plein en prévision des longs jours de ciel bleu à l'horizon. Dès la fin de la mousson, début octobre, la catastrophe était imminente.

Dans le village de Shivri, on savait que pour une troisième année consécutive, la plupart des agriculteurs perdraient leur récolte. Seul espoir: que le gouvernement ouvre les valves d'un barrage environnant pour laisser couler un peu d'eau dans leurs champs de jowar, une espèce de millet. Mais il ne l'a pas fait.

«Quand le barrage a été construit [dans les années 50], on nous avait certifié par écrit que nous aurions droit à deux milliards de pieds cubes d'eau. Mais depuis, elle est plutôt envoyée vers les comtés de Baramati et Indapur», dénonce Balasaheb Thorat, un fermier dans la cinquantaine au champ desséché.

Pourquoi vers ces régions? «Parce qu'elles sont contrôlées par des politiciens puissants!», s'insurge Anil Patil, militant pour une meilleure distribution de l'eau dans l'État. Et qui dit politicien puissant au Maharashtra dit aussi baron du sucre. Treize des trente ministres du gouvernement de l'État ont des intérêts dans cette industrie lucrative.

Au sommet de la pyramide se trouve l'influent ministre fédéral de l'Agriculture depuis neuf ans, Sharad Pawar, actionnaire dans des raffineries comme plusieurs membres de sa famille. Il fut également le principal partisan d'une déréglementation partielle de l'industrie sucrière, adoptée récemment à New Delhi.

Corruption

Le Maharashtra est le principal producteur de sucre en Inde. Or c'est également un État frappé par des sécheresses chroniques. Et pour faire pousser la canne à sucre, il faut de l'eau. Beaucoup d'eau. De 10 à 15 fois plus que pour les autres types de culture.

Malgré cette incompatibilité, l'industrie sucrière continue à y prendre de l'expansion. Collusion aidante, des raffineries obtiennent des autorisations pour s'installer dans des secteurs pourtant sans ressource hydraulique, dénoncent les environnementalistes.

L'amélioration du réseau d'irrigation ne suit pas non plus. Des 13,3 milliards de dollars consacrés à des projets d'irrigation en une décennie, la moitié a disparu dans des affaires de corruption qui ont fait grand scandale. La plupart des projets réellement mis en branle n'ont été que partiellement réalisés. Résultat: en 10 ans d'investissements massifs, la surface des terres irriguées dans l'État n'a augmenté que de 0,1%.

Vingt minutes d'eau

Dans quelque 12 000 villages, l'eau est pratiquement indisponible non seulement pour l'agriculture, mais pour la consommation courante. «La canne à sucre pousse, elle est transformée, d'autres raffineries doivent être construites... et des fermiers protestent pour obtenir simplement de l'eau à boire. Quelle ironie!», constate Parineeta Dandekar, coordinatrice pour le Réseau sur les barrages, rivières et les peuples d'Asie du Sud-Est.

À Shivri, chaque famille n'a droit qu'à 20 minutes d'eau gratuite par semaine. «Durant cette période, on doit remplir le plus de bidons possible à partir d'un seul tuyau», raconte Baro Rajaram Kamte, un fermier qui passe ses journées dans le camp à bétail d'une ONG, faute de pouvoir cultiver son champ. «Elle n'est pas propre à la consommation, mais on n'a pas vraiment le choix.» Pour obtenir plus d'eau, les villageois doivent parcourir plusieurs kilomètres à pied ou à vélo.

Seulement 100 des 2000 acres de terre de Shivri sont actuellement cultivés, par les rares fermiers disposant d'un puits de forage. Les autres se disent prêts à tout moment à se tourner vers la culture de la canne à sucre. «Pour autant qu'on nous fournisse de l'eau!», lancent-ils en choeur.




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