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Bangladesh: quand le prix le plus bas fait loi

En entrevue à CNN jeudi, la première ministre... (Photo : Smail Ferdous, AP)

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En entrevue à CNN jeudi, la première ministre bangladaise Sheikh Hasina a  affirmé que «les [multinationales] sont partiellement responsables» de l'effondrement du Rana Plaza, qui a fait plus de 500 victimes.

Photo : Smail Ferdous, AP

Frédérick Lavoie

Collaboration spéciale

La Presse

(Dacca) Le Made in Bangladesh est en crise. L'effondrement du Rana Plaza, un édifice qui abritait cinq manufactures de vêtements, a ébranlé l'industrie sur laquelle repose l'économie de ce pays pauvre d'Asie du Sud. Syndicats, fabricants et gouvernement bangladais s'entendent sur une chose: l'hypocrisie des multinationales, qui s'indignent des conditions de travail, tout en exigeant toujours des prix plus bas.

Depuis 10 jours, le bureau d'Atiql Islam, président de l'Association des fabricants et exportateurs de textile du Bangladesh (BGMEA), est une véritable cellule de crise. Coups de fil aux clients étrangers, visites dans les ambassades (dont celle du Vatican à la suite des commentaires indignés du pape François sur les bas salaires dans le secteur), entrevues. Il faut rassurer le reste du monde pour empêcher le bateau de couler.

Et le bateau est gros. Quelque 5000 usines, 4 millions de travailleurs et des revenus de 20 milliards de dollars par année, soit 79 % des exportations du pays, en précieuses devises.

À la fin des années 70, lorsque le Bangladesh s'est lancé dans une industrialisation misant entièrement sur le commerce extérieur, il a mis tous ses oeufs dans le panier de l'industrie textile.

Depuis l'effondrement du Rana Plaza, c'est un pays entier qui porte le deuil. Et craint pour son avenir.

Les consommateurs étrangers boycotteront-ils le Made in Bangladesh, taché du sang et de la sueur de couturières?

Atiql Islam, qui possède lui-même plusieurs ateliers de confection, en a assez que les fabricants bangladais soient vus comme les méchants de l'histoire.

Certes, il existe dans le pays des entrepreneurs sans scrupule. Mohamed Sohel Rana, propriétaire du Rana Plaza, en était un. Il a préféré ignorer les appels à évacuer immédiatement l'immeuble de neuf étages - dont trois avaient été ajoutés illégalement - lorsque des fissures sont apparues dans la structure, la veille de l'effondrement. Oui, la corruption endémique et l'application aléatoire des lois profitent à ce type d'homme d'affaires proche du crime organisé, mettent en danger la vie des travailleurs et ternissent l'image du Bangladesh. Mais les multinationales occidentales, clientes de ces manufactures, ont leur part de responsabilité.

«La sécurité a un prix. Les coûts de tous les produits dans le monde augmentent, sauf ceux des vêtements, souligne Atiql Islam. Si nos clients nous payaient plus pour notre marchandise, nous pourrions donner plus à nos ouvriers.»

Des audits inefficaces

Au cours de la dernière décennie, les multinationales occidentales n'ont fait que presser davantage le citron à leurs fournisseurs bangladais et à ceux d'ailleurs dans le monde. Si bien que les prix des vêtements importés aux États-Unis, selon les chiffres du département du Commerce extérieur américain, ont légèrement diminué durant cette période.

En même temps, plusieurs sociétés étrangères ont instauré des processus d'audit social dans les manufactures de leurs fournisseurs bangladais pour vérifier les conditions de production et les normes de sécurité. Cette mesure est toutefois loin d'être infaillible. Loblaw, qui dispose d'un tel mécanisme, faisait produire ses vêtements Joe Fresh dans l'un des ateliers du Rana Plaza.

«Pour que ces audits sociaux aient un sens, il faut les mener avec le bon état d'esprit. Il ne faut pas que ce soit simplement pour se donner bonne conscience en cas d'accident», rappelle Nur Mohammad Amin Rasel, secrétaire adjoint de BGMEA.

En entrevue à CNN jeudi, la première ministre bangladaise Sheikh Hasina a aussi affirmé que «les [multinationales] sont partiellement responsables» de l'effondrement du Rana Plaza.

Lutte syndicale difficile

Sur ce point, le leader du principal syndicat de textile du pays, les fabricants et le gouvernement sont sur la même longueur d'onde. Amirul Haque Amin, président de la Fédération nationale des travailleurs du textile, rappelle toutefois que l'État bangladais et les propriétaires de manufactures doivent aussi fournir leur part. La promiscuité entre la communauté d'affaires et le pouvoir - plusieurs industriels sont députés ou ministres - nuit également à l'amélioration des conditions dans les ateliers.

En 29 ans de lutte syndicale, les acquis pour les ouvriers du textile sont toujours maigres, reconnaît M. Amin. Pas plus de 140 manufactures sont syndiquées sur les 5000 que compte le pays. Le congé de maternité est désormais obligatoire, mais pas toujours respecté par les employeurs. Les ouvriers ont eu droit à trois hausses significatives du salaire minimum depuis 1996, la dernière en 2010, mais l'inflation galopante diminue chaque année leur pouvoir d'achat.

Encore aujourd'hui, ils sont les travailleurs les moins bien payés du pays.

Selon Amirul Haque Amin, certains des acquis pour les employés du textile sont tributaires, directement ou non, des pressions des clients et des gouvernements étrangers. «Le rôle des multinationales est primordial. Ce sont eux, les preneurs de décision dans l'industrie. S'ils le désirent réellement, si leurs intentions sont bonnes, les changements sont possibles», conclut le syndicaliste.




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