(Bogotá) Le président colombien Gustavo Petro a dit mardi ne pas exclure de se représenter « à l’avenir » à la tête du pays, bien que la loi l’en empêche, par le biais d’une modification de la Constitution qu’il évoque depuis des semaines malgré les critiques.

M. Petro, élu à l’été 2022 premier président de gauche de l’histoire de la Colombie, a émis à plusieurs reprises ces derniers mois l’idée de convoquer une Assemblée constituante pour modifier la Constitution, alors que plusieurs de ses réformes sont ou ont été bloquées au Parlement.

« Je ne veux pas être réélu […], mais je ne nie pas cette possibilité à l’avenir parce que le pouvoir constituant doit s’exprimer », a une nouvelle fois déclaré M. Petro lors d’un évènement organisé à la présidence.

« Si les institutions que nous avons aujourd’hui en Colombie ne sont pas capables de mener à bien les réformes sociales que le peuple a décrétées par son vote […] alors la Colombie doit se rendre à une Assemblée nationale constituante », avait-il déjà déclaré en mars, évoquant pour la première fois cette possibilité.

Vent debout contre une telle idée, l’opposition affirme que le chef de l’État espère ainsi inclure dans la loi fondamentale un article qui permettrait sa réélection (le Parlement a supprimé en 2015 la réélection), et ainsi prolonger ses fonctions au-delà de 2026.

Pour justifier la possible convocation de cette Assemblée constituante, le président Petro affirme que l’État n’a pas respecté plusieurs points de l’accord de paix historique de 2016 avec la guérilla marxiste des FARC, et qu’il faudrait y apporter des ajustements nécessitant une modification de la Constitution.

Maître d’œuvre de cet accord de paix qui a abouti au désarmement de ce qui fut la plus puissante guérilla d’Amérique latine, l’ancien président (2010-2018) et prix Nobel de la paix Juan Manuel Santos a envoyé lundi une lettre au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, pour souligner que « nulle part » dans le pacte il n’était mentionné une quelconque convocation d’une Assemblée constituante, comme le suggère M. Petro.

D’autres anciens présidents, comme les conservateurs Alvaro Uribe (2002-2010) et Ivan Duque (2018-2022), ont vu dans les propositions de M. Petro une menace pour la démocratie colombienne.

De son côté, M. Petro a accusé, dans une entrevue au site d’information Cambio, MM. Santos et Uribe « d’orchestrer » un « coup d’État » contre lui.  

Lors de sa campagne présidentielle, le candidat Petro avait promis qu’il ne modifierait pas la Constitution de 1991, assurant alors qu’il ne chercherait pas à se maintenir au pouvoir après 2026.