(Managua) La mort en détention au Nicaragua de l’ex-guérillero Hugo Torres fait monter la pression sur le président Daniel Ortega : les proches de détenus et la communauté internationale s’inquiètent plus que jamais des conditions de détention et de l’état de santé de dizaines d’opposants emprisonnés, et réclament leur libération.

Publié le 15 février
Agence France-Presse

Paradoxalement, Hugo Torres, comme il l’a dit lui-même lors de son arrestation le 13 juin 2021, avait « risqué sa vie » pour faire libérer Daniel Ortega des geôles du dictateur Anastasio Somoza.

Ancien frère d'armes d'Ortega

L’ancien héros de la guérilla sandiniste faisait partie des 46 opposants emprisonnés depuis juin 2021, accusés par le président Ortega de conspirer contre lui avec le soutien de Washington. Il est décédé samedi en détention, à l’hôpital, à l’âge de 73 ans.

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Le colonel Hugo Torres s'entretient avec son camarade révolutionnaire, le président Daniel Ortega (au centre), et d'autres collègues lors d'une réunion de l'Armée populaire sandiniste à Managua, au Nicaragua, le 21 décembre 1988.

Les proches des opposants emprisonnés et les défenseurs des droits humains dénoncent depuis des mois le mauvais état de santé des détenus. Amaigris par le peu de mauvaise nourriture qu’ils reçoivent, ils perdent leurs dents, souffrent de pertes de mémoire et d’évanouissements, de dépression, tandis qu’ils n’ont pas accès aux soins médicaux que requiert leur état, dénoncent ceux qui ont pu leur rendre visite.

Réélection frauduleuse de Daniel Ortega

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a dénoncé mardi « une véritable dérive répressive » et une « sanglante répression […] en particulier depuis la réélection frauduleuse de Daniel Ortega le 7 novembre ». « Le régime du Nicaragua s’est doté d’un arsenal législatif répressif criminalisant toute opposition », a-t-il relevé.

« La mort d’Hugo Torres était prévisible et pouvait parfaitement être évitée […].  Si ces horribles conditions (de détention) continuent, il est probable qu’il ne sera pas le dernier » à mourir en détention, a mis en garde depuis Miami l’avocat Jared Genser, qui assure la défense de Juan Sebastian Chamorro et de Félix Maradiaga, arrêtés après avoir déclaré leur intention de se présenter aux élections de novembre 2021 contre le président Ortega.

PHOTO MARVIN RECINOS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Daniel Ortega, âgé de 76 ans, est au pouvoir depuis 2007. Il a été élu en novembre pour un quatrième mandat consécutif lors d’un scrutin d’où tout adversaire crédible était absent car sept ont été jetés en prison tandis que d’autres étaient contraints à l’exil.

Le procès de Juan Sebastian Chamorro, et de deux autres candidats à la présidence, doit se tenir mardi, a annoncé la justice nicaraguayenne.  

Au moins 18 des 46 opposants emprisonnés ont déjà été déclarés coupables, dont sept condamnés à des peines allant de huit à 13 ans de prison.

En outre, 124 autres opposants croupissent aussi en prison pour avoir participé aux manifestations du printemps 2018 qui demandaient la démission du président Ortega. La répression a fait au moins 355 morts, tandis que plus de 100 000 Nicaraguayens prenaient le chemin de l’exil, selon la Commission Intermaéricaine des Droits de l’Homme (CIDH).

« Conditions inhumaines »

Le chef de la démocratie américaine pour l’Amérique latine Brian Nichols a dénoncé sur Twitter la mort du « prisonnier politique Hugo Torres […] durant son injuste et abusif emprisonnement ». « Continuer à détenir les prisonniers dans ces conditions - plus particulièrement les détenus âgés - est inadmissible. Nous exigeons leur libération immédiate », a-t-il ajouté.

Le Haut Commissariat de l’ONU pour les droits de l’Homme a dénoncé la détention « dans des conditions inhumaines » de l’ancien guérillero, ainsi que « la procédure pénale sans garantie » à laquelle il était soumis.

De son côté, « l’Union européenne demande une enquête rapide et indépendante » sur le décès du prisonnier tandis que l’Organisation des États Américains (OEA) a qualifié d’« abominable » le fait que des prisonniers souffrant de maladies en phase terminale ne reçoivent pas les soins médicaux dont ils ont besoin.

La justice nicaraguayenne n’a pas donné de précision sur la cause de la mort de l’ancien guérillero, soulignant que celui-ci avait été hospitalisé « dès que son état de santé s’est détérioré ».

Cependant, son ancienne camarade de combat dans la guérilla Monica Baltodano a assuré depuis l’exil qu’Hugo Torres était déjà inconscient quand il a été transporté à l’hôpital le 17 décembre.  

Daniel Ortega, âgé de 76 ans, est au pouvoir depuis 2007. Il a été élu en novembre pour un quatrième mandat consécutif lors d’un scrutin d’où tout adversaire crédible était absent car sept ont été jetés en prison tandis que d’autres étaient contraints à l’exil.