(Tegucigalpa) Les États-Unis ont demandé au Honduras l’extradition de l’ex-président Juan Orlando Hernandez, qui a quitté le pouvoir le mois dernier et qui est soupçonné par Washington de trafic de drogue.

Mis à jour le 15 février
Agence France-Presse

La Cour suprême du Honduras se réunira mardi à 9 h 30 locales (15 h 30 GMT) pour désigner un juge chargé d’examiner cette demande.

La résidence de M. Hernandez a été entourée d’un fort contingent de police dès l’annonce, lundi soir, de la demande d’extradition confirmée par le ministère des Affaires étrangères du Honduras.

« Je suis prêt et disposé à collaborer et à me rendre volontairement » pour rencontrer « le juge qui sera nommé par l’honorable Cour suprême afin que je puisse faire face à cette situation et me défendre », a indiqué l’ancien président dans un message audio.

L’avocat de M. Hernandez, Hermes Ramirez, a estimé que ce déploiement policier, qui selon lui empêchait les conseillers de l’ancien président d’accéder à son domicile, constituait une « atteinte » aux droits de son client.

M. Hernandez, remplacé le 27 janvier à la présidence par sa rivale politique Xiomara Castro, est depuis membre de droit du Parlement d’Amérique centrale, un privilège dont bénéficient tous les anciens chefs d’État de la région après avoir quitté le pouvoir.

La défense de M. Hernandez affirme que cette fonction lui confère l’immunité, mais plusieurs analystes soulignent qu’« à la demande des autorités compétentes du pays », le Parlement « peut lever et suspendre l’immunité de ses députés ».

M. Hernandez, 53 ans, désigné habituellement par ses initiales JOH, a quitté le pouvoir à l’issue de deux mandats à la tête du Honduras depuis 2014.

Son frère cadet et ancien député, Antonio « Tony » Hernandez, a été condamné en mars 2021 aux États-Unis à la prison à vie pour trafic de drogue. Les procureurs de New York soupçonnent JOH d’être son complice.

« Les narines des gringos »

Un autre des proches de l’ancien chef d’État, Geovanny Fuentes Ramirez, a lui aussi été condamné à perpétuité la semaine dernière pour narcotrafic par le tribunal fédéral de Manhattan, à New York.

Durant le procès, les procureurs ont accusé JOH d’avoir aidé l’accusé à faire passer de la cocaïne aux États-Unis.  

M. Fuentes Ramirez a lui-même affirmé pendant l’audience que le président Hernandez lui avait dit qu’ils allaient « mettre la drogue dans les narines des gringos ».

Jusqu’à présent, aucune inculpation formelle n’a cependant été prononcée contre JOH.  

L’ancien chef d’État a rejeté toutes les accusations qu’il a qualifiées de « vengeance », affirmant avoir fait arrêter et livrer aux États-Unis de nombreux narcotrafiquants.

Au Honduras, JOH est aussi accusé par ses adversaires politiques de corruption dans le cadre de contrats d’infrastructures et de fournitures pour lutter contre la pandémie de coronavirus.

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a révélé le 7 février que M. Hernandez figurait, depuis le 1er juillet 2021, sur une liste de personnes accusées par les États-Unis de corruption ou d’atteintes à la démocratie en Amérique centrale.

JOH a « commis ou facilité des actes de corruption et de narcotrafic, et utilisé des gains de ces activités illicites pour des campagnes politiques », avait affirmé M. Blinken dans un communiqué.

Un mois avant l’élection de novembre, JOH avait surpris tout le monde en signant un accord frontalier avec son homologue nicaraguayen Daniel Ortega lors d’une visite éclair à Managua qui avait éveillé les soupçons.

MM. Hernandez et Ortega maintiennent de bonnes relations, et le Nicaragua est un pays où se réfugient fréquemment les hommes politiques d’Amérique centrale recherchés par la justice. Deux anciens présidents salvadoriens – Mauricio Funes (2009-2014) et Salvador Sanchez (2014-2019) – ont même obtenu la nationalité nicaraguayenne, les mettant ainsi à l’abri de toute extradition vers leur pays ou les États-Unis.