(Tegucigalpa) L’élection vendredi du président du Parlement au Honduras a viré à la crise politique après la sécession de 20 membres du parti de la présidente désignée, Xiomara Castro, à une semaine de sa prise de fonction.  

Publié le 21 janvier
Agence France-Presse

Les invectives ont commencé dès l’ouverture de la session, lorsque les 20 députés du parti Liberté et Refondation (LIBRE, gauche) ont proposé l’un d’entre eux, Jorge Calix, au poste de président du Parlement, en violation d’un accord passé avec un autre parti de gauche.

Au cris de « traîtres », sept députés fidèles à la présidente désignée se sont précipités sur Jorge Calix et l’ont forcé à fuir du perchoir alors qu’il prêtait serment.

PHOTO ORLANDO SIERRA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le député du parti LIBRE Rassel Tome (de dos) bondit sur le podium pour tenter d’empêcher le député Jorge Calix (tenant un micro) de prêter serment comme président de la Chambre, au Parlement, à Tegucigalpa, le 21 janvier 2022. L’élection de M. Calix (élu député aux récentes élections sous la bannière du parti de gauche LIBRE, avant son vire-capot et celui de 19 autres collègues) s’est faite avec le soutien du Parti national, un parti de droite. La nomination de M. Calix a été marquée par une rixe à coups de poings et des bousculades.

Selon le ministre de l’Intérieur, Leonel Ayala, qui appartient au Parti national (droite), dont le candidat a été battu à la présidentielle par Xiomara Castro, la candidature de M. Calix a été soutenue par 83 députés.  

Le président du Parlement doit recueillir les suffrages de 65 députés sur 128.  

Avec Jorge Calix au perchoir, le Parti national, défait dans les urnes, « a réussi à manœuvrer et à obtenir le contrôle du Parlement », a souligné auprès de l’AFP Eugenio Sosa, professeur de sociologie à l’Université nationale.  

Le chef du parti LIBRE, Gilberto Rios, a déclaré à l’AFP que derrière les 20 députés agissaient « le crime organisé, le pouvoir financier, le narcotrafic et tous ceux qui pillent les ressources de l’État ».  

Xiomara Castro, première femme élue à la tête du Honduras, avait tenu jeudi soir une réunion avec les députés de son parti pour leur demander de soutenir le député Luis Redondo pour la présidence du Parlement. Mais vingt députés sur 50 avaient boycotté la réunion.  

« L’absence des vingt députés est l’augure d’une trahison contre-révolutionnaire envers le parti et le peuple hondurien […] et une trahison envers le projet politique de refondation de la patrie, en tentant […] d’imposer un plan de l’élite corrompue que dirige (l’ex-président) Juan Orlando Hernandez », avait alors dénoncé la présidente.  

Vendredi soir, Mme Castro a annoncé « l’exclusion définitive des députés » dissidents, à l’issue d’une réunion d’urgence des instances du parti.

Xiomara Castro, qui prendra ses fonctions le 27 janvier, a remporté les élections sur un programme de transformations sociales dans un pays gangrené par la pauvreté, la corruption et le trafic de drogue qui a infiltré les structures de l’État.  

Elle a notamment été élue grâce à l’alliance passée entre LIBRE, dirigé par Manuel Zelaya — son mari et ancien président évincé en 2009 — et le Parti Sauveur du Honduras (PSH), dirigé par Salvador Nasralla.

L’accord passé avec le PSH prévoyait qu’en cas de victoire de la coalition, M. Nasralla serait élu vice-président du Parlement et pourrait proposer le nom du président.  

L’élection du président du Parlement doit encore être définitivement confirmée le 23 janvier, deux jours avant l’ouverture officielle de la session parlementaire.