(Santiago du Chili) Le président désigné du Chili, Gabriel Boric, a dévoilé vendredi son gouvernement, marqué par une forte pluralité politique, avec la nomination d’un représentant de la gauche modérée aux Finances et une majorité de femmes.  

Publié le 21 janvier
Paulina ABRAMOVICH Agence France-Presse

Le nouveau gouvernement, qui prendra ses fonctions le 11 mars, compte 24 ministres, dont 14 femmes et un tiers d’indépendants.

Très attendue par les marchés était la nomination au portefeuille des Finances qui revient à Mario Marcel, le président de la Banque centrale, sans étiquette, mais lié au Parti socialiste. M. Marcel, 62 ans, avait déjà occupé plusieurs fonctions au sein de divers gouvernements de centre gauche.  

PHOTO ESTEBAN FELIX, ASSOCIATED PRESS

Deux anciens leaders étudiants et députés, Giorgio Jackson et Camila Vallejo (ci-haut), qui avaient pris la tête des manifestations étudiantes en 2011 au côté de Gabriel Boric pour réclamer une « éducation publique, gratuite et de qualité », sont nommés respectivement secrétaire général de la présidence et porte-parole du gouvernement.

Il était le préféré des marchés qui voient dans ce choix un geste de modération dans le programme de réformes économiques que souhaite mettre en œuvre le jeune président qui a promis l’instauration d’un État-providence au Chili.

La Bourse de Santiago a salué cette nomination avec une hausse de 3 %. Elle avait chuté de plus de 6 % au lendemain de la victoire du candidat de gauche avec 56 % des voix face au candidat d’extrême droite José Antonio Kast.

Outre M. Marcel, le nouveau chef de l’État a nommé d’autres membres du centre gauche, au-delà de sa coalition initiale qui comprend notamment le Parti communiste et ne compte que 24 % des sièges à l’Assemblée nationale.

« Il s’agit de consolider une coalition parlementaire, qui soutienne le président », a souligné auprès de l’AFP Marcelo Mella, professeur de sciences politiques à l’Université de Santiago.

« Dialoguer, écouter »

« Dans cette équipe […] nous accompagnent des personnes de diverses origines et formations […] un gouvernement avec une majorité de femmes […] la présence de diverses régions, générations, avec une pluralité politique […] une présence importante d’indépendants et de militants de partis politiques », a résumé M. Boric lors de la présentation depuis le Musée d’histoire naturelle de Santiago.  

Izkia Siches, première femme à prendre la tête de l’Ordre des médecins en 2017, a été nommée ministre de l’Intérieur. Âgée de 35 ans comme le président, cette chirurgienne a participé activement à la gestion de la pandémie.

Le ministère des Affaires étrangères revient à Antonia Urrejola, une avocate de 53 ans, qui a présidé la Commission interaméricaine des droits humains. Une autre femme est nommée à la Défense : Maya Fernandez, une petite-fille de l’ex-président socialiste Salvador Allende (1970-1973) renversé par le coup d’État du général Augusto Pinochet.

La moyenne d’âge du nouveau gouvernement est de 49 ans. La plus jeune ministre est Antonia Orellana, 32 ans, en charge du ministère des Femmes.  

Deux anciens leaders étudiants et députés, Giorgio Jackson et Camila Vallejo, qui avaient pris la tête des manifestations étudiantes en 2011 au côté de Gabriel Boric pour réclamer une « éducation publique, gratuite et de qualité », sont nommés respectivement secrétaire général de la présidence et porte-parole du gouvernement.

Tous deux feront partie du « comité politique », un cabinet composé des plus étroits collaborateurs du président. Y participeront également Izkia Siches, qui avait pris la tête de la campagne du candidat Boric pour le deuxième tour de la présidentielle, et Mario Marcel.  

Ce dernier, chargé de mettre en œuvre la réforme fiscale promise par Gabriel Boric pour faire participer les plus riches à son programme social, aura une tâche d’autant plus compliquée que la situation économique est délicate.

Le Produit intérieur brut (PIB) a augmenté artificiellement de 11,5 % en 2021 en raison des aides de l’État et de retraits autorisés dans l’épargne-retraite privée. Selon les estimations, la croissance devrait être nulle à l’horizon 2023. Le pays est aussi en proie à l’inflation.

« La nomination de Mario Marcel […] qui a une crédibilité à droite et dans le secteur privé, est un bon point de départ pour prendre les décisions très difficiles que le président devra prendre cette année », estime Marcelo Mella.  

Le président désigné a défini trois axes principaux pour son gouvernement : gérer la pandémie, assurer la croissance économique et l’inclusion sociale, et veiller au succès des travaux de l’Assemblée constituante qui présentera un projet de nouvelle Loi fondamentale mi-2022.

« Nous devons dialoguer et beaucoup écouter. Écoutez deux fois plus que vous ne parlez », a lancé le chef de l’État au futur gouvernement.