(Bogota) Il avait 14 ans, était membre de la garde indigène et, selon ses proches, un défenseur de « notre mère la Terre » : Breiner David Cucuname a été tué par balle dans le sud-ouest de la Colombie, ce qui a suscité une vague d’émotion dans le pays le plus dangereux du monde pour les défenseurs de l’environnement.

Publié le 18 janvier
Agence France-Presse

L’adolescent accompagnait vendredi des membres de la garde indigène dans la localité rurale de Buenos Aires, dans le département du Cauca, une région particulièrement troublée de Colombie, où agissent de nombreux groupes armés.

Non armés et porteurs d’un simple bâton, ces gardes, issus de la communauté locale NASA, assuraient leur travail quotidien de surveillance du territoire quand ils ont croisé le chemin d’hommes armés, selon des représentants locaux du Conseil régional indigène du Cauca (CRIC).

Ces individus ont ouvert le feu sur la garde indigène et des membres de la communauté, tuant deux personnes, un membre de la garde, et le jeune Breiner David. Deux autres personnes ont été blessées, selon le CRIC.

La photo de l’adolescent, coupe en brosse, blouson bleu et sacoche en bandoulière, s’affichait ce début de semaine dans tous les médias nationaux et sur les réseaux sociaux.

Une association indigène locale, l’ACIN, a attribué la responsabilité de ces violences à des dissidents des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), qui rejettent l’accord signé en 2016 entre le gouvernement et cette guérilla marxiste. Selon le conseil indigène local, deux individus impliqués dans les meurtres auraient été arrêtés.

Breiner David « était un défenseur de notre mère la Terre, gardien du Territoire […], un enfant protecteur de la vie », a condamné le CRIC.

La mort du jeune homme, « porte-drapeau de la protection de l’environnement dans sa communauté du Cauca, nous remplit de tristesse », a réagi sur Twitter le président Ivan Duque, appelant le procureur à accélérer son enquête.

Selon Indepaz, un think tank colombien indépendant, Breiner David serait le deuxième défenseur de l’environnement assassiné depuis le début d’année, pour un total de 1288 depuis l’accord de paix de 2016.

La Colombie est l’un des pays les plus dangereux au monde pour les militants, selon plusieurs ONG. Global Witness l’a identifié comme le plus meurtrier pour les défenseurs de l’environnement (65 morts en 2020).

Selon le bureau du Défenseur du peuple (ombudsman), 145 défenseurs des droits humains ont été assassinés en Colombie en 2021.

Dirigeants sociaux et communautaires, défenseurs des droits humains et de l’environnement sont la cible des nombreux groupes armés actifs dans les zones rurales de Colombie, pays qui connaît un regain de violences ces dernières années.  

Dissidents des FARC, guérilleros de l’ELN (Armée de libération nationale), groupes paramilitaires et narcotrafiquants sont désignés comme les principaux responsables de ces attaques.

Sur la route du narcotrafic, les départements du Cauca et de la vallée du Cauca figurent en tête de liste des régions les plus troublées.

Samedi, dans le Département de Choco (Ouest), deux personnes, dont une fillette de dix ans, ont été tuées par des hommes armés, selon une source communautaire locale.

Lundi, le corps sans vie d’une femme a par ailleurs été retrouvé dans le département de Meta, dans la rivière éponyme, à Puerto Gaitan. Selon deux ONG locales, il s’agirait de Luz Marina Arteaga, médecin et figure locale, disparue il y a cinq jours, et qui craignait pour sa sécurité.