(Genève) Deux comités de l’ONU ont demandé jeudi à l’Équateur de garantir la sécurité dans les prisons du pays où plus de 300 détenus sont morts depuis le début de 2020 dans des violences entre gangs.

Publié le 2 déc. 2021
Agence France-Presse

Dans un communiqué, les experts indépendants du Comité contre la torture et du Sous-comité pour la prévention de la torture ont exprimé leur « consternation face à la persistance de graves épisodes de violence dans les prisons de l’Équateur ».

« L’Équateur a l’obligation de garantir la sécurité dans ses prisons, en dispensant une formation adéquate à un nombre suffisant d’agents pénitentiaires et en élaborant des stratégies visant à réduire la violence entre détenus », a déclaré Claude Heller, qui préside le Comité contre la torture.

Le 29 novembre, le président équatorien, Guillermo Lasso, a prolongé d’un mois l’état d’exception dans les prisons du pays. Le décret présidentiel prévoit la « mobilisation » de la police et de l’armée pour « renforcer et rétablir l’ordre et le contrôle » dans tous les centres pénitentiaires du pays.  

Le chef de l’État avait déclaré l’état d’exception dans les prisons du pays le 29 septembre après la mort de 119 prisonniers dans une prison de Gayaquil (sud-ouest), pire massacre dans une prison d’Amérique latine. Certains détenus avaient été démembrés, décapités, ou brûlés.

Le 14 novembre, 62 autres détenus étaient morts dans cette même prison dans de nouvelles violences entre gangs, liées au narcotrafic.

En 2016, le Comité de l’ONU contre la torture, organe composé de 10 experts indépendants, avait déjà fait part de son inquiétude face aux épisodes fréquents de violences entre détenus dans les prisons équatoriennes, à la suite de son examen de la situation dans le pays.

« En plus de s’attaquer à la surpopulation et à l’autogestion dans les centres de détention, l’État doit fournir au mécanisme national de prévention de la torture les ressources nécessaires pour lui permettre de remplir correctement ses fonctions », a affirmé Suzanne Jabbour, présidente du Sous-comité pour la prévention de la torture.  

Ce sous-comité, composé de 25 experts indépendants, prévoit de se rendre sur place au cours des prochains mois. Sa dernière visite dans le pays remonte à 2014.

Les 65 prisons équatoriennes souffrent d’une surpopulation de 30 %. Des armes de toutes sortes, de la drogue et des téléphones portables y circulent en grand nombre.

Situé entre la Colombie et le Pérou, principaux producteurs mondiaux de cocaïne, et utilisé comme zone de transit pour l’expédition vers les États-Unis et l’Europe, l’Équateur est confronté à une hausse de la criminalité liée au trafic de drogue.