(Bogota) Des milliers de personnes manifestaient à nouveau en Colombie mercredi, au 15e jour d’une forte mobilisation sociale contre le gouvernement, marquée par des violences meurtrières dans ce pays dont l’économie s’est détériorée avec la pandémie de COVID-19.

Agence France-Presse

« Le pays vit une situation d’extrême inégalité », dénonçait Luis Carlos Garcia, un professeur universitaire de 35 ans qui manifestait à Bogota. « En disant légitimement que ce n’est pas juste, tout ce que nous avons reçu de la part de l’État, c’est de la violence », a-t-il déclaré à l’AFP.

Le président de droite Ivan Duque a rencontré mercredi des représentants des jeunes, qui sont en première ligne de la protestation, après avoir promis pour les plus modestes la gratuité des frais d’inscription à l’entrée dans les universités publiques.

« Je vais mettre toute mon énergie, toute ma capacité et toute l’équipe gouvernementale pour que ce processus (de négociation) se passe bien », a déclaré le président lors de cette rencontre avec des étudiants à Bogota.

Les affrontements, qui ont marqué certaines de ces journées depuis le 28 avril, ont fait au moins 42 morts, dont un membre des forces de l’ordre, selon le Défenseur du peuple, entité publique de protection des droits de la personne.

De son côté, le ministère de la Défense, dont relève la police en Colombie, maintient un chiffre de 849 agents blessés, dont douze par armes à feu, et 716 civils, mais sans préciser le nombre de ceux par balles.

Il s’agit des manifestations les plus sanglantes qu’ait jamais connues ce pays de 50 millions d’habitants, appauvri par la pandémie, qui a fait près de 79 000 morts, et confronté à une recrudescence de la violence des groupes armés financés par le narcotrafic.

Texte retiré

M. Duque, dont le mandat se termine l’an prochain, a provoqué la colère populaire avec un projet de réforme fiscale, prévoyant une hausse de la TVA et un élargissement de la base de l’impôt sur le revenu. Il avait déjà été confronté à d’autres mobilisations massives en 2019 et 2020.

Bien qu’il ait retiré son texte le 2 mai, la mobilisation se maintient contre la répression, dénoncée par des ONG et la communauté internationale, ainsi que pour un changement de cap du gouvernement face à une pauvreté accrue à 42,5 %, aux inégalités et à la corruption.

Rétif à admettre les excès des forces de l’ordre, M. Duque soutient qu’elles ont agi en « obéissance absolue à la Constitution » et que les abus « pour comportements individuels […] sont traduits en justice ».

Tout en insistant sur le fait qu’il y a eu aussi des « agressions contre des membres de la force publique », il a fait état de 65 actions disciplinaires contre des agents, dont huit pour homicide, onze pour agression physique, 27 pour abus d’autorité. Lundi, la police a annoncé la suspension de cinq de ses membres.

Les manifestants exigent davantage. « Nous espérons d’abord des excuses pour tous les camarades qui sont tombés, pour nous qui sommes dans la rue, pour toutes ces familles, dont le droit à manifester, le droit à la vie a été violé », soulignait Miguel Quiñones, un étudiant de 22 ans, à Bogota.