(Bogota) Quelque 3000 militaires et policiers ont été déployés dans la ville de Cali, en Colombie, après des troubles ayant suivi les manifestations de mercredi et jeudi contre un projet de réforme fiscale du gouvernement, ont annoncé vendredi les autorités.

Agence France-Presse

« Nous allons militariser la ville parce que malheureusement, les personnes qui sont sorties manifester pacifiquement ne sont plus dans les rues, mais ce sont des vandales qui volent et attaquent », a déclaré à Blu Radio Clara Luz Roldan, la gouverneure du département du Valle del Cauca (sud-ouest), dont Cali est le chef-lieu.

Le ministre de la Défense, Diego Molano, y a annoncé le renfort de plus de 700 soldats, 500 agents de la force antiémeutes (Esmad), 1800 policiers, deux hélicoptères et 60 motos, dans cette ville de 2,2 millions d’habitants, la troisième du pays.

« Nous avons identifié que les faits violents à Cali ont été prémédités, planifiés et commandités par des organisations criminelles », a-t-il déclaré, sans donner plus de détails.

Au cours des manifestations organisées dans plusieurs villes de Colombie, 209 policiers ont été blessés et 185 personnes arrêtées, selon le dernier bilan officiel diffusé vendredi qui n’a pas fait mention de victimes civiles.

PHOTO LUIS ROBAYO, AGENCE FRANCE-PRESSE

Plusieurs autobus ont été endommagés par des manifestants vendredi.

L’ONG Temblores a pour sa part fait état d’un total de 46 « victimes de violence physique de la part de la police », dont un mort par balle à Cali.

Les autorités locales ont admis qu’un jeune homme de 22 ans y était mort et qu’un adolescent mineur avait été blessé, mais que cela s’était produit lors de « disputes » sans lien avec les manifestations.

La municipalité a de son côté répertorié plus de 20 blessés entre civils et membres des forces de l’ordre, ainsi qu’une trentaine d'autobus et huit stations de transports en commun endommagés, outre une cinquantaine de commerces vandalisés.

M. Molano, qui a présidé vendredi un conseil de sécurité extraordinaire dans cette ville, a indiqué que 30 personnes y avaient été interpellées et six ressortissants vénézuéliens expulsés pour leur participation à « des faits violents ».

De son côté, le ministre de la Santé, Fernando Ruiz, a déploré des attaques contre des équipes médicales, qui ont amené à « reporter » d’un jour « l’arrivée de vaccins » contre la COVID-19 à Cali.

Des manifestations massives ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans plusieurs villes de Colombie mercredi, bien moins jeudi, contre le projet de réforme fiscale de gouvernement, lui reprochant notamment d’affecter la classe moyenne et la jugeant inopportune en pleine pandémie, qui aggrave la crise économique.

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Des incidents violents se sont produits à Bogota, Cali, Medellín ainsi qu’à Pasto jeudi.

Bien que la mobilisation ait été majoritairement pacifique, des incidents violents se sont produits à Bogota, Cali, Medellín (nord-ouest) ainsi qu’à Pasto (sud-ouest) et des troubles ont persisté ensuite.

A Pasto, cinq agents de l’Esmad ont été victimes de brûlures jeudi au cours d’affrontements et les autorités ont offert une récompense équivalente à 13 400 dollars pour toute information permettant l’arrestation des responsables.

Dans ces quatre villes, le couvre-feu et des mesures de confinement ont été à nouveau imposés en raison d’une troisième vague de COVID-19 qu’affronte la Colombie, avec près de trois millions de cas, dont plus de 73 000 morts, répertoriés à ce jour sur une population de 50 millions d’habitants.