(Caracas) La « deuxième chance » de Juan Guaidó ? Le dirigeant de l’opposition vénézuélienne, fraîchement réélu président du Parlement et auquel l’Union européenne a réitéré son soutien, a convoqué jeudi des « assemblées citoyennes » dans l’espoir de raviver le mouvement de protestation contre Nicolas Maduro.

Andrea TOSTA
Agence France-Presse

« Je suis venue soutenir notre président par intérim (Juan Guaidó, NDLR) et nos députés qui répondent présents », a déclaré à l’AFP Marceydis Pérez, une avocate de 39 ans, lors d’une de ces assemblées jeudi soir à Caracas. Avec une trentaine de participants venus débattre avec des députés d’opposition, celle-ci n’avait manifestement pas fait recette.

Juan Guaidó ne compte pas participer à ces assemblées qui doivent se poursuivre vendredi, mais il devrait se rendre samedi à Caracas à un « grand conseil citoyen ». Il avait auparavant appelé ses partisans à « prendre la rue ».

L’opposant tente de relancer le mouvement de protestation anti-Maduro du début de l’année dernière, lorsque des dizaines de milliers de Vénézuéliens manifestaient dans les rues de Caracas.  

Car depuis quelques mois, ses appels à protester n’attirent plus que quelques milliers de partisans.

C’est donc une « deuxième chance » que Juan Guaidó demande aux Vénézuéliens pour bouter le président socialiste hors du palais de Miraflores, ce qu’il n’est pas parvenu à faire depuis qu’il s’est proclamé président par intérim le 23 janvier 2019.

« Intimidation »

Reconduit dimanche par l’opposition à la tête de l’Assemblée nationale, il se prévaut de cette fonction pour revendiquer la présidence par intérim, estimant que Nicolas Maduro « usurpe » la fonction, car il s’est maintenu au pouvoir à la faveur de la présidentielle « frauduleuse » de 2018.  

Une cinquantaine de pays ont reconnu M. Guaidó comme chef d’État, dont les États-Unis, son plus ferme allié qui a pris une kyrielle de sanctions contre Nicolas Maduro et son entourage.

Tout comme l’élection dimanche, la prestation de serment mardi de l’opposant comme président du Parlement a été mouvementée. Juan Guaidó est finalement parvenu à forcer le passage que lui bloquaient les forces de l’ordre devant le bâtiment.  

Pendant ce temps, à l’intérieur, un rival d’opposition lui aussi, Luis Parra, présidait une séance. Lorsque Juan Guaidó a atteint le perchoir, Luis Parra, qui revendique aussi la présidence du Parlement unicaméral, avait quitté les lieux.

Sitôt réinvesti, l’opposant a été félicité par le vice-président américain Mike Pence, ses alliés européens, le Brésil ou encore la Colombie.  

Jeudi, le Groupe international de contact (GIC), qui rassemble des pays européens (dont la France et l’Allemagne) et latino-américains, a, à son tour, reconnu Juan Guaidó comme président du Parlement, estimant que l’élection de Luis Parra n’était pas légitime.

L’Union européenne a, elle, exprimé son « plein soutien » à Juan Guaidó en tant que président du Parlement et menacé de sanctions les auteurs d’« actes d’intimidation » perpétrés envers les députés d’opposition dimanche.

Juan Guaidó et d’autres parlementaires avaient été physiquement empêchés d’entrer dans l’hémicycle. L’opposant avait alors organisé une séance parallèle où cent députés d’opposition l’ont reconduit à la présidence.

Elections « libres et justes »

Le Parlement unicaméral est le seul bastion de l’opposition vénézuélienne. Elle y dispose de la majorité depuis 2015, mais ses décisions sont systématiquement annulées par la justice. Dans la pratique, une Assemblée constituante, uniquement composée de chavistes, effectue le travail législatif.

Or, conformément au calendrier parlementaire, « cette année il y aura des élections législatives », a répété mercredi Diosdado Cabello, président de la Constituante, sans toutefois donner de date.

Les chavistes comptent sur ce scrutin pour reprendre l’Assemblée nationale en profitant des divisions de l’opposition, très partagée sur l’opportunité de participer à ce vote organisé par le pouvoir.

À ce sujet, les États-Unis, qui affirmaient encore récemment que « toutes les options sont sur la table » pour chasser Nicolas Maduro, semblent avoir quelque peu revu leur position.

Le secrétaire d’État Mike Pompeo a appelé jeudi à des « négociations » qui pourraient ouvrir la voie à une « sortie de crise grâce à un gouvernement de transition qui organisera des élections (présidentielle et législatives, NDLR) libres et justes ».

PHOTO TOM BRENNER, REUTERS

Mike Pompeo

Mais l’antagonisme Caracas-Washington est encore bien vivace.

Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza a ainsi une nouvelle fois accusé les États-Unis d’« ingérence ». Washington, a-t-il affirmé, a fait campagne auprès de pays alliés pour qu’ils adhèrent à un communiqué appelant à « des élections libres et justes » au Venezuela.