(Villazón) L’ex-président Evo Morales est rentré lundi en Bolivie depuis l’Argentine, où il était réfugié, avant d’entamer un périple par la route de trois jours et de 1000 km jusqu’à son fief du centre du pays.

Maria Lorente
Agence France-Presse

« Une partie de ma vie reste en Argentine après onze mois » d’exil dans ce pays, a déclaré l’ancien chef de l’État, avant de traverser à pied le pont transfrontalier qui relie la ville de La Quiaca, dans le nord de l’Argentine, à celle de Villazon, dans le sud de la Bolivie, ont constaté des journalistes de l’AFP.  

Evo Morales était accompagné du côté argentin par le président de centre gauche Alberto Fernandez, qui a assisté dimanche à l’investiture du nouveau président socialiste Luis Arce. « Merci beaucoup mon frère Alberto », lui a lancé M. Morales, soulignant qu’il « lui a sauvé la vie ».  

L’ancien président bolivien (2006-2019) avait d’abord fui quelques semaines au Mexique, avant de trouver refuge en Argentine.

Il va à présent entreprendre un périple d’un millier de km par la route jusqu’à son fief de Chimoré, dans le département de Cochabamba.  

Le premier président indigène du pays a choisi une date symbolique pour rentrer dans son pays : au lendemain de l’investiture comme président de son dauphin Luis Arce, et quelques heures avant le premier anniversaire de sa démission, le 10 novembre 2019.  

Des centaines de personnes, dont de nombreux Amérindiens vêtus de leurs tenues colorées traditionnelles, s’étaient massés à la frontière dès l’aube dans un vent glacial pour attendre le « père de la Bolivie ».  

« Nous sommes heureux, il est comme notre père, le père de tous les gens pauvres. Il revient et il sera toujours avec nous dans notre cœur », s’est enthousiasmée Alejandra Choque, femme au foyer de 56 ans.

La Bolivie est un des pays latino-américains qui compte le plus grand nombre d’Amérindiens (41 % des 11 millions d’habitants). Parmi eux, 34,6 % vivent dans la pauvreté et 12,9 % dans l’indigence.  

Pour son périple, M. Morales sera accompagné d’un convoi « de 800 véhicules », selon Alvaro Ruiz, un des organisateurs.  

« Abîmé la Constitution »

L’idée de l’ex-chef de l’État est d’arriver dans son fief de Chimoré un an tout juste après son départ de Bolivie.  

A l’issue de l’élection présidentielle d’octobre 2019, au cours de laquelle Evo Morales briguait un quatrième mandat, et de la confusion qui avait entouré les résultats le donnant vainqueur, l’opposition avait crié à la fraude.  

Les rues avaient été prises d’assaut et l’armée avait finalement lâché Evo Morales, qui s’était réfugié à Chimoré. C’est là qu’il avait commencé son activité de syndicaliste dans les années 1980, avant d’être élu député.  

Si beaucoup attendaient avec ferveur le retour de l’ancien chef de l’État, certaines voix étaient plus critiques.  

« Il a été un bon président, il a fait renaître notre culture, mais à vouloir rester au pouvoir il a abîmé la Constitution », regrette auprès de l’AFP Jenny Mamani, une guide touristique de 28 ans, qui pense que « le temps d’Evo est terminé ».  

Réélu en 2009, Evo Morales avait remporté en 2014 un troisième mandat grâce à une interprétation contestée de la Constitution, qui ne permettait pourtant que deux mandats consécutifs.  

La Cour constitutionnelle avait alors estimé qu’il s’agissait de sa première réélection, la Constitution ayant été modifiée en 2009.

Il avait ensuite brigué un quatrième mandat, alors que les électeurs s’étaient prononcés contre à l’occasion d’un référendum en 2016. Il était passé outre, grâce à une nouvelle décision très contestée de la Cour constitutionnelle.

Le retour d’Evo Morales en Bolivie pose désormais la question de l’indépendance du nouveau président Luis Arce, avec le risque de faire apparaître le nouveau dirigeant, qui fut longtemps son ministre de l’Économie, comme une simple marionnette.  

M. Morales a répété qu’il avait abandonné la politique.  

Alors que l’ex-président était poursuivi pour « terrorisme » par le gouvernement intérimaire de droite, la justice a annulé récemment ces poursuites.