(Sao Paulo) L’ex-président brésilien Lula, sorti de prison la semaine dernière, a dénoncé jeudi à Salvador (nord-est) les inégalités sociales et raciales qui minent le Brésil, lors de sa première réunion avec le Parti des Travailleurs (PT) depuis sa libération.

Agence France-Presse

« C’est une honte de voir à quel point les inégalités se sont creusées dans notre pays », a déclaré Luiz Inacio Lula da Silva, 74 ans, considérant que l’héritage des programmes sociaux mis en place lors de ses deux mandats (2003-2010) était menacé par le gouvernement du président d’extrême droite Jair Bolsonaro.

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Le président brésilien Jair Bolsonaro

« Ils parlent de réformer la fiscalité, mais ne pensent pas à augmenter les impôts des plus riches. Le gouvernement Bolsonaro veut même créer des impôts sur l’assurance-chômage », a-t-il affirmé.

À Salvador de Bahia, un des fiefs du PT et une des villes brésiliennes qui concentre le plus grand nombre d’afrodescendants, Lula a également évoqué les problèmes de racisme du Brésil, un pays dont 54 % de la population est noire ou métisse.

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Lula, à Salvador de Bahia

« Ils pensent qu’un jeune Noir ne doit pas aller à l’université. C’est pour ça qu’ils (le gouvernement actuel) veulent privatiser l’éducation, parce que si le peuple va à l’université, il acquiert une conscience politique », a dit Lula.

Sous son gouvernement, la mise en place d’une politique de quotas raciaux a permis à de nombreux noirs d’accéder à l’université.  

Mercredi, une étude de l’institut de statistiques public IBGE a montré que la proportion de noirs et métis fréquentant les universités publiques avait dépassé pour la première fois les 50 %, mais que les inégalités raciales restaient très importantes dans l’éducation.

Lula est sorti de prison vendredi dernier, à la faveur d’une décision de la Cour suprême considérant que toute personne condamnée avait le droit de rester en liberté jusqu’à l’épuisement de tous les recours, mettant fin à une jurisprudence qui autorisait l’incarcération dès le rejet d’un premier appel.

L’icône de la gauche avait commencé à purger en avril 2018 une peine de 8 ans et 10 mois de réclusion pour corruption, même s’il a toujours clamé son innocence.

« Je suis sorti de prison plus humain, plus convaincu des combats que nous devons mener », a insisté Lula jeudi.

Samedi, au lendemain de sa libération, l’ex-président était apparu remonté à bloc, s’attaquant violemment à Jair Bolsonaro, et scandant qu’il était « de retour » pour reprendre les rênes d’une opposition jusque là inaudible depuis l’élection il y a un an du président d’extrême droite.  

Lula doit participer dimanche à un festival musical à Recife, capitale de son État natal du Pernambouc, également dans le Nord-est.