(Rio de Janeiro) La Cour suprême du Brésil a mis fin à la «censure» d’une bande dessinée montrant un baiser entre deux hommes, donnant tort au maire ultraconservateur de Rio de Janeiro, qui avait demandé qu’elle soit retirée d’un salon du livre.

Agence France-Presse

Énième rebondissement de cette affaire, cette décision de la plus haute juridiction du pays a annulé dimanche un ordre judiciaire autorisant le maire Marcelo Crivella à saisir les exemplaires qu’il considérait comme «inappropriés».

Dans la bande dessinée en question, Avengers: The Children’s Crusade, de la célèbre maison d’édition Marvel, on peut voir deux super-héros, Wiccan et Hulkling, s’embrasser.

AFP

Une participante au salon du livre brandit une copie camouflée d'Avengers: The Children’s Crusade sur laquelle on peut lire : «Ce livre est inapproprié pour les personnes vieux-jeu, rétrogrades et qui ont des préjugés».

«En démocratie, […] les différentes convictions et visions du monde doivent pouvoir être exposées», a affirmé le président de la Cour suprême, José Antonio Dias Toffoli, pour justifier sa décision.

Un autre magistrat de cette haute cour, Gilmar Mendes, a évoqué pour sa part un acte de «censure» de la part du maire de Rio.

Marcelo Crivella, un ancien pasteur de l’Église universelle du royaume de Dieu (évangélique), a été élu en 2016 en promettant de ramener la loi et l’ordre dans cette ville gangrenée par la criminalité.

Plutôt que d’empêcher la diffusion de la BD de Marvel, son initiative a eu l’effet inverse : les volumes ont été rapidement épuisés au salon du livre.

Le Brésilien Felipe Neto, très populaire sur YouTube, avec plus de 34 millions d’abonnés sur sa chaîne, a acheté 14 000 volumes consacrés aux thématiques LGBT pour les distribuer gratuitement au salon du livre, en signe de protestation.

La Cour suprême du Brésil a décidé en juin de criminaliser l’homophobie, l’assimilant à du racisme.

Cette décision est considérée comme un pas important pour les minorités sexuelles d’un des pays qui comptent le plus grand nombre d’assassinats de personnes LGBT.

Une décision d’autant plus importante que les tensions ont été ravivées depuis l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, auteur de nombreux dérapages homophobes.