(Caracas) Le président vénézuélien Nicolas Maduro a exhorté jeudi la justice à poursuivre l’opposant Juan Guaidó pour « trahison à la patrie », l’accusant de vouloir « livrer » à des multinationales l’Esequibo, un riche territoire du Guyana revendiqué par Caracas.

Agence France-Presse

« Un ensemble de preuves nous est parvenu, selon lequel Juan Guaidó, ce bandit traître à la patrie, est en train de négocier pour livrer l’Esequibo contre un soutien politique à son fantasmagorique et farcesque soi-disant gouvernement », a dit M. Maduro dans un discours retransmis par la chaîne étatique VYV.

« Le parquet général doit agir avec diligence parce que c’est un délit de trahison à la patrie », a-t-il ajouté.

Plusieurs enquêtes sont déjà lancées à l’encontre de Juan Guaidó. Ce président de l’Assemblée nationale s’est autoproclamé chef de l’État par intérim en janvier, et a été reconnu comme tel par une cinquantaine de pays, dont les États-Unis. Il accuse M. Maduro d’avoir été réélu lors d’élections frauduleuses.

L’immunité parlementaire de M. Guaidó a déjà été levée, mais il n’a pas été interpellé, contrairement à plusieurs autres députés de son camp. Washington a averti que l’arrêter serait « l’ultime erreur » de Nicolas Maduro.

Plus tôt dans la journée, la vice-présidente Delcy Rodriguez avait accusé Juan Guaidó de diriger une « organisation criminelle » au « service d’entreprises transnationales et du gouvernement des États-Unis ».

Mme Rodriguez a diffusé sur VTV un message vocal d’une personne qu’elle a identifiée comme étant une fonctionnaire de l’administration américaine, en train de communiquer avec un « conseiller externe » de M. Guaidó.

La présumée fonctionnaire l’exhorte à « changer la position du Venezuela » et « livrer l’Esequibo » à ExxonMobil et d’autres multinationales, selon la vice-présidente.

Julio Borges, nommé « commissaire aux relations extérieures » par M. Guaidó, a tweeté qu’il s’agissait là d’une « manœuvre » visant à « étouffer » l’accusation de la Colombie contre Caracas d’héberger des dissidents de l’ex-guérilla des FARC, qui ont annoncé leur retour à la lutte armée.

L’Esequibo est un territoire riche en minerais et bordé d’une zone maritime possédant des ressources pétrolifères, et dont la souveraineté est réclamée par le Venezuela à son voisin oriental, le Guyana.

Caracas conteste une sentence arbitrale rendue à Paris à la fin du XIXe siècle, accordant la région à la colonie britannique de l’époque, et met en avant l’accord de 1966 proposant une solution négociée. La tension a resurgi en 2015, à l’occasion de la découverte de pétrole dans des eaux disputées.