(Caracas) La possible convocation de législatives anticipées au Venezuela est la dernière arme du pouvoir, toujours sous le coup de sanctions américaines, pour affaiblir l’opposition et influer sur les négociations en cours.  

Javier TOVAR
Agence France-Presse

Le chef de l’Assemblée nationale constituante (ANC), Diosdado Cabello, proche du président socialiste Nicolas Maduro, a désigné cette semaine une commission chargée d’étudier la convocation de législatives pour début 2020, soit un an avant la fin légale de la législature, pour renouveler le Parlement, seule institution contrôlée par l’opposition.  

Les membres du Parlement actuel ont été élus en 2015 et leur mandat doit normalement s’achever le 5 janvier 2021.

L’opposition menée par Juan Guaidó, qui s’est proclamé président par intérim du Venezuela en janvier et a été reconnu par une cinquantaine de pays, dont les États-Unis, exige une nouvelle élection présidentielle, une hypothèse refusée par M. Maduro.  

Les mains liées

Cette manœuvre du pouvoir intervient après l’adoption de nouvelles sanctions économiques par les États-Unis contre Caracas le 5 août, qui ont conduit M. Maduro à suspendre le dialogue avec l’opposition amorcé à La Barbade sous l’égide de la Norvège.  

PHOTO MANAURE QUINTERO, ARCHIVES REUTERS

Nicolas Maduro et Diosdado Cabello

« M. Maduro a quitté la table des négociations parce qu’il avait l’impression qu’il obtiendrait un relâchement des sanctions grâce à l’opposition », décrypte pour l’AFP le politologue Luis Salamanca. « Mais il n’y est pas arrivé, au contraire, les sanctions ont été alourdies ».

Les États-Unis ont ordonné un gel total sur leur territoire des biens du gouvernement de Nicolas Maduro, que Washington souhaite voir abandonner le pouvoir au profit de M. Guaidó. Ils ont aussi menacé de sanctionner les entreprises qui font affaire avec le gouvernement socialiste, qu’ils qualifient de « dictature » et asphyxient par un embargo pétrolier depuis le mois d’avril.  

Le Parlement a les mains liées : la justice vénézuélienne ne le reconnaît pas et l’Assemblée constituante, que beaucoup de pays jugent illégitime, s’est approprié nombre de ses compétences. Elle a également levé l’immunité d’une vingtaine de députés qu’elle accuse entre autres de trahison.

Maduro affaibli

« Cette Assemblée (présidée par Juan Guaidó), laissée pour morte, a ressuscité sous la forme d’un contre-pouvoir qui dispute au président de la République le pouvoir légitime », estimé Luis Salamanca.

Si des législatives étaient organisées en 2020, l’opposition devrait choisir : voter dans des circonstances défavorables et envoyer Juan Guaidó au front, alors même qu’il ne reconnaît pas l’autorité électorale vénézuélienne, qu’il accuse de fraudes et de complicité avec le chavisme, ou alors abandonner la seule institution qu’elle contrôlait.

PHOTO FEDERICO PARRA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Juan Guaidó

« Il serait compliqué d’expliquer aux gens qu’à présent l’opposition va participer à ces élections sans que l’usurpation ait cessé pour autant », explique Luis Seijas, directeur de l’institut de sondage Delphos.  

Luis Salamanca est persuadé que la communauté internationale serait pour sa part favorable à une participation de l’opposition, alors que « Nicolas Maduro est plus affaibli que jamais ».

Le Venezuela traverse actuellement la crise politique et économique la plus dure de son histoire récente, marquée par la récession, l’hyperinflation et la lutte pour le pouvoir entre Juan Guaidó et Nicolas Maduro.