(Washington) Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi la conclusion d’un accord migratoire avec le Guatemala, poursuivant ses pressions pour contraindre ses voisins du Sud à mieux contrôler le flot des migrants qui cherchent à gagner les États-Unis.

Alina DIESTE et Michael MATHES
Agence France-Presse

La Maison-Blanche a précisé que le Guatemala serait dorénavant considéré comme un « pays tiers sûr » auprès duquel les demandeurs d’asile devront effectuer leurs premières démarches.

Mais les contours de l’accord restaient vendredi très flous et le ministère américain de la Sécurité intérieure a indiqué à la presse que cette terminologie ne figurait pas explicitement dans le texte agréé par les deux pays.

Cet accord permettra « de garantir la sécurité aux demandeurs d’asile légitimes et de mettre fin aux fraudes à l’asile et aux abus du système », a promis Donald Trump devant la presse lors d’une communication impromptue dans le bureau ovale.

À la mi-juillet, le président guatémaltèque Jimmy Morales avait renoncé à un déplacement à Washington pour signer un tel accord avec Washington devant l’opposition de la Cour constitutionnelle de son pays. Et aucune précision n’a été donnée vendredi sur la conformité du nouvel accord avec cette décision de la haute cour du Guatemala.

« Cet accord clé va mettre fin au business des coyotes et des trafiquants », a ajouté le président américain, en référence aux groupes criminels qui organisent le transit des migrants.

Les États-Unis sont confrontés à une flambée du nombre de migrants qui cherchent à franchir sa frontière sud, celle qui les séparent du Mexique. En juin, les services de police aux frontières ont arrêté 104 000 personnes qui cherchaient à entrer illégalement aux États-Unis. Ils avaient été 144 000 le mois précédent.

Ces migrants ne font que transiter par le Mexique. Pour leur immense majorité, ils viennent du Honduras, du Salvador et du Guatemala, trois pays d’Amérique centrale dont ils fuient la pauvreté et la violence.

Annonce très alarmante

C’est pourquoi l’octroi au Guatemala du statut de « pays tiers sûr », où les migrants effectuer en sécurité une demande d’asile, suscite des inquiétudes et des critiques.

Eric Schwartz, président de l’ONG Refugees International a jugé cette annonce « très alarmante » et estimé que le Guatemala n’était « en aucun cas sûr pour les réfugiés et les demandeurs d’asile ».

L’accord impliquerait ainsi que des migrants originaires du Salvador ou du Honduras puissent trouver au Guatemala suffisamment de sécurité pour y demander l’asile.

Dans un contexte très différent, ce concept de « pays tiers sûr » a par exemple été utilisé par les Européens dans le règlement de Dublin III qui requiert des demandeurs d’asile qu’ils effectuent leurs démarches dans le premier pays de l’UE qu’ils atteignent.   

Incapable d’obtenir du Congrès un durcissement des lois sur l’immigration, Donald Trump s’est tourné vers ses voisins du Sud et les a mis sous pression.

Le 7 juin, il a obtenu des concessions du Mexique après l’avoir menacé de taxes douanières sur ses exportations vers les États-Unis. En particulier, les Mexicains avaient accepté que les demandeurs d’asile attendent de leur côté de la frontière que les tribunaux américains statuent sur leur dossier.

Comme avec pour le Guatemala, lui aussi menacé de sanctions en cas d’échec des négociations, il s’agit de multiplier les mesures pour dissuader les candidats à l’immigration vers les États-Unis.

À mois d’un an et demi de l’élection présidentielle, la lutte contre l’immigration illégale reste l’un des principaux messages du président, qui est officiellement candidat à un second mandat. Il avait notamment été élu en 2016 sur la promesse de construire un mur à la frontière avec le Mexique.  

Si ce projet a peu progressé au cours de la première partie de mandat, le locataire de la Maison-Blanche s’est réjoui vendredi de la décision de la Cour suprême de l’autoriser à utiliser 2,5 milliards venus du Pentagone pour financer la construction de ce mur.

« Wow ! Grande victoire sur le mur », a-t-il rapidement écrit sur Twitter.

Mais les opposants au mur frontalier ne comptent pas en rester là et l’octroi des fonds ne pourrait être que temporaire. L’ACLU, la puissance organisation des libertés civiles, a d’ores et déjà annoncé une initiative auprès d’une Cour d’appel afin de « rétablir le blocage permanent de la construction d’un mur frontalier qui utilise des fonds militaires non autorisés ».