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Brésil: l'impartialité du ministre de la Justice mise à mal

Sergio Moro, ministre brésilien de la Justice... (PHOTO ADRIANO MACHADO, REUTERS)

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Sergio Moro, ministre brésilien de la Justice

PHOTO ADRIANO MACHADO, REUTERS

Le ministre de la Justice brésilien, Sergio Moro, rendu célèbre par sa lutte de longue haleine contre la corruption, est placé sur la défensive par la divulgation de messages personnels qui jettent un éclairage trouble sur ses façons de faire.

Le site d'enquête The Intercept, qui dispose d'une antenne dans le pays d'Amérique du Sud, a accusé dimanche l'ex-juge d'avoir outrepassé son rôle dans le cadre du scandale Lava Jato (Lavage express), compromettant du même coup sa neutralité.

L'organisation chapeautée par le journaliste Glenn Greenwald a notamment dévoilé qu'il était intervenu directement à plusieurs reprises auprès du procureur chapeautant l'enquête, Deltan Dallagnol, pour le conseiller sur la marche à suivre.

Deltan Dallagnol... (PHOTO RODOLFO BUHRER, ARCHIVES REUTERS) - image 2.0

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Deltan Dallagnol

PHOTO RODOLFO BUHRER, ARCHIVES REUTERS

Il lui aurait notamment recommandé d'inverser la séquence prévue de perquisitions à une certaine étape, l'aurait pressé d'accélérer le lancement d'une intervention à un autre moment en plus de lui suggérer une source à contacter.

Sergio Moro, qui doit demeurer impartial en vertu de la Constitution, se serait par ailleurs plaint auprès du procureur de critiques formulées par le Parti des travailleurs (PT).

« Devrions-nous les contredire officiellement ? », a-t-il demandé dans un message à Deltan Dallagnol en adoptant un pronom personnel qui démontre, selon l'enquête, « qu'il se considérait lié à la même cause que les procureurs de Lava Jato ».

Les messages interceptés par The Intercept révèlent que plusieurs procureurs étaient férocement opposés au PT et cherchaient à éviter le retour au pouvoir de son champion, Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula.

L'ex-président de gauche a été condamné par le juge Moro en juillet 2017 pour corruption et blanchiment d'argent dans le cadre d'une procédure chapeautée par Deltan Dallagnol.

Luiz Inácio Lula da Silva... (PHOTO NELSON ALMEIDA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE) - image 3.0

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Luiz Inácio Lula da Silva

PHOTO NELSON ALMEIDA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le populaire politicien a été exclu du même coup de la course présidentielle de 2018, dans laquelle il était favori, cédant la place à un candidat méconnu ultimement battu par le politicien d'extrême droite Jair Bolsonaro.

Dans un des échanges divulgués dimanche, Deltan Dallagnol parle avec un procureur sans lien avec l'enquête Lava Jato qui dit avoir prié « fréquemment » pour empêcher le retour au pouvoir du PT. Le procureur-chef lui indique que c'est une bonne initiative, relevant que le « pays en a besoin ».

Des procureurs membres de son équipe ont tenté par ailleurs avant l'élection d'empêcher un important journal brésilien d'obtenir une entrevue avec Lula. L'un d'eux a dit craindre que l'entrevue puisse favoriser la performance du PT à quelques semaines du scrutin présidentiel.

Une enquête politique ?

Ces révélations ont suscité l'indignation au Brésil, où nombre de militants de gauche dénoncent depuis des années le caractère politique de l'enquête anticorruption que chapeautait le juge Sergio Moro.

Ce dernier s'était agacé de ces allégations dans un discours prononcé en 2016 où il se défendait d'être un « juge enquêteur », relevant que c'est à la police fédérale et aux procureurs de mener les enquêtes.

Le ministre Moro a fustigé dans un communiqué le travail de The Intercept en s'en prenant au passage à la personne - inconnue - qui a « criminellement envahi les téléphones cellulaires des procureurs ».

Il a affirmé que les messages publiés ne révélaient « aucune anomalie » ou tentative de contrôle des procureurs, qui prétendent avoir scrupuleusement respecté la loi.

Le président Bolsonaro a fait savoir lundi, par l'entremise d'une porte-parole citée par l'Agence France-Presse, qu'il avait totalement confiance en Sergio Moro avant de se présenter à ses côtés, hier, lors d'une cérémonie militaire.

Sergio Moro et Jair Bolsonaro, président du Brésil... (PHOTO MARCOS CORREA, ASSOCIATED PRESS) - image 4.0

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Sergio Moro et Jair Bolsonaro, président du Brésil

PHOTO MARCOS CORREA, ASSOCIATED PRESS

Les avocats de Lula ont indiqué pour leur part que les révélations des derniers jours confirmaient leurs prétentions relativement au caractère politique des procédures ayant ciblé l'ex-chef d'État. Ils tentaient hier d'obtenir en Cour suprême sa mise en liberté.

Moro en eau trouble

James Green, spécialiste de l'Amérique latine rattaché à l'Université Brown, dans le Rhode Island, pense qu'il est difficile de prédire quelle incidence les messages révélés vont avoir sur la situation de Lula.

Il apparaît cependant évident, dit-il, qu'ils vont nuire durablement au ministre Moro, qui avait suscité la surprise l'année dernière en acceptant de se joindre à l'équipe de Jair Bolsonaro.

Le président brésilien a déjà indiqué qu'il entendait nommer l'ex-juge à la Cour suprême lorsqu'un poste se libérerait.

« Le masque de neutralité [de Sergio Moro] a été enlevé », relève M. Green, qui voit mal comment le magistrat peut encore espérer la nomination promise.

Les choses pourraient se corser dans les prochains jours puisque Glenn Greenwald a déclaré que son site détenait beaucoup d'autres informations embarrassantes.

« Si c'est le cas, ça pourrait vraiment affaiblir le gouvernement et forcer Bolsonaro à couper les ponts avec Moro », dit-il.




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