« Vamos Nico ! », clap, clap. « Vamos Nico ! » Petare, l'un des plus vastes quartiers populaires de Caracas a défilé mercredi pour mettre en garde les États-Unis contre une intervention militaire au Venezuela.

ANNE CHAON AGENCE FRANCE-PRESSE

Officiellement il s'agit de commémorer le « Caracazo », le soulèvement populaire qui fit des centaines de morts en février 1989 dans la capitale et les grandes villes, contre les réformes ultra-libérales du Fonds monétaire international (FMI) appliquées par le président Carlos Andres Perez.  

« 27 Février 1989-le Réveil du peuple anti-impérialiste » clame une banderole en tête du rassemblement.

Mais cinq jours après la tentative ratée de l'opposant Juan Guaidó d'acheminer l'aide humanitaire bloquée aux frontières par le régime, la mobilisation permet surtout au président Nicolas Maduro d'envoyer ses partisans donner de la voix, en chansons et en musique.

Le gouvernement a octroyé une semaine de vacances aux fonctionnaires et aux écoliers à l'occasion du carnaval qui sera célébré le weekend prochain, et ce sont surtout les premiers qui défilent derrière des bannières pour dénoncer « la trahison fasciste ».

« Nous sommes ici pour montrer au monde que nous voulons la paix, que le président est populaire », explique Manuel Enchenique, 57 ans, travailleur social. « On connait la vérité, si les État-Unis veulent intervenir ici ce n'est pas pour le peuple mais pour le pétrole ».  

« Avec cette aide ils ont voulu prendre le contrôle du pays mais le peuple n'a pas laissé faire », assure Juan Ochoa, 55 ans, qui dénonce la « trahison de Guaidó » et « l'opposition fasciste » en chauffant la foule avec des slogans repris en coeur et en frappant dans les mains : « Le terroriste c'est le gringo ! », « Trump, ne joue pas avec le peuple ! »

Derrière lui, la sono diffuse à fond des chants révolutionnaires-avec des pauses, comme en boite de nuit, pour laisser la foule reprendre les refrains en choeur. Des femmes ont enfilé des perruques frisées aux couleurs nationales jaune, bleu, rouge. Une dame en tee-shirt rouge s'est collé une moustache postiche, comme celle de président, Nicolas Maduro. Même si elle arbore une photo de son prédécesseur décédé en 2013, Hugo « Chavez, Président de mon coeur ».

« Chavez est vivant ! »

« Vive la Patrie ! », « Chavez Vive ! » (Chavez est vivant). Passent les miliciennes de la Garde bolivarienne en beige, les étudiants de l'école de police en polo blanc, les fonctionnaires en chemises rouges...  

Les problèmes, Milady Contreras ne les nie pas. Venue avec une amie, cette ingénieure de 38 ans avoue que l'aide alimentaire stockée en Colombie, et surtout les médicaments, seraient les bienvenus. « Mais ce n'est pas la bonne façon, il y a d'autres manières de faire » juge-t-elle. « Ils pourraient la livrer directement aux hôpitaux », suggère-t-elle.

« Avec mon époux, nous travaillons tous les deux. Et j'ai seulement une fille. Mais ceux qui ont plusieurs enfants, ils ne s'en sortent pas ».

Milady redoute une intervention américaine contre son pays. « C'était tellement tendu la semaine dernière ». Le Conseil de sécurité qui s'est tenu mardi à New York l'a un peu rassurée. La guerre n'est pas pour demain.

Le gouvernement et l'opposition devraient s'unir avance-t-elle : « Ils pourraient former une coalition pour sortir le pays de la crise » estime-t-elle en accusant l'hyperinflation qui mine l'économie de l'ancienne puissance pétrolière.

« Le salaire minimum est de 18 000 bolivars », résume Juan Carlos Ramirez-6 dollars environ. « Le prix d'un kilos de fromage ». La faute des « entrepreneurs qui ne veulent pas payer d'impôts » et « une alliance des pays du Mercosur » -le grand marché régional au sein duquel siège notamment le Brésil-qui « affame le Venezuela ».