La justice vénézuélienne a interdit mardi à Juan Guaido, qui s'est autoproclamé président, de quitter le pays, une riposte du président socialiste Nicolas Maduro face à cet opposant soutenu par les États-Unis.

Mis à jour le 29 janv. 2019
MARIA ISABEL SANCHEZ AGENCE FRANCE-PRESSE

Objet d'une enquête préliminaire, notamment pour « des actions ayant porté atteinte à la paix de la République », le chef du Parlement est soumis à une « interdiction de sortir du pays sans autorisation jusqu'à la fin de l'enquête » et à un « gel de (ses) comptes bancaires », a annoncé le président du Tribunal suprême de justice (TSJ), Maikel Moreno.

Le TSJ, plus haute juridiction du Venezuela, est acquis au pouvoir, tous ses membres ayant été désignés par le chavisme.  

La Maison-Blanche avait pourtant mis en garde plus tôt. « Ceux qui tentent de saboter la démocratie et de s'en prendre à Guaido en subiront les conséquences », a tweeté John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump.

« L'unique réponse du régime c'est la persécution, la répression », a dénoncé devant la presse Juan Guaido, 35 ans. Il a lancé un appel aux fonctionnaires de la justice : « Vous n'avez pas à vous sacrifier pour l'usurpateur (Maduro, NDLR) et sa bande ! ».

Pour fragiliser encore Nicolas Maduro, les États-Unis ont brandi mardi la menace de nouvelles sanctions. « Il n'y a pas de doutes que nous essayons de couper les fonds au régime », a déclaré le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin.

Lundi, les États-Unis avaient déjà serré la vis sur le pétrole vénézuélien en visant la compagnie pétrolière PDVSA, à laquelle ils ont interdit de faire du commerce avec des entités américaines et dont ils ont gelé les avoirs à l'étranger.

Difficultés d'approvisionnement

« La stratégie des États-Unis est de provoquer l'effondrement du système économique du Venezuela pour forcer la sortie » de Nicolas Maduro, explique l'économiste Luis Vicente Leon.

Face aux sanctions américaines, les Vénézuéliens, déjà frappés de plein fouet par les pénuries de nourriture et de médicaments, redoutent désormais des difficultés d'approvisionnement en carburant, un comble dans ce pays aux plus importantes réserves de pétrole au monde, mais dont la production a fondu.

« Il y a déjà des endroits où il faut faire la queue pendant 24 heures pour obtenir de l'essence », se plaignait Jorge Moncada, un chauffeur.  

Le département d'État américain a en outre annoncé que les États-Unis avaient officiellement donné à Juan Guaido, qu'ils considèrent comme le président, le contrôle des comptes bancaires de son pays sur leur territoire.

Déterminé à provoquer le départ de Nicolas Maduro, le Parlement vénézuélien, dirigé par Juan Guaido, s'est réuni mardi pour débattre d'un « plan de sauvetage du pays » et de la possibilité d'« élections libres et transparentes ».

Juan Guaido appelle ensuite à manifester mercredi puis samedi, à un moment où tous les regards sont tournés vers son pays, en plein naufrage économique.

Dans le camp des partisans de Nicolas Maduro, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a fustigé les sanctions « illégales » de Washington. La Russie a investi des milliards de dollars dans les hydrocarbures et les armes au Venezuela.

Principal créancier de Caracas, la Chine s'est elle aussi dite « opposée » à ces sanctions qui « vont mener à une détérioration dans la vie de la population au Venezuela ».

Nicolas Maduro reste aussi soutenu par la Corée du Nord, la Turquie et Cuba.

En Europe, six pays (Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Portugal, Pays-Bas) ont donné jusqu'à dimanche au président socialiste pour convoquer des élections, faute de quoi ils reconnaîtront son adversaire.

Signe de la tension croissante, le Groupe de Lima, créé en 2017 pour contribuer à une solution pacifique de la crise au Venezuela, a tenu à faire savoir qu'il est contre toute intervention militaire pour renverser le président Maduro.

« En tant que Groupe de Lima, nous avons dit que nous ne soutenons aucune intervention militaire au Venezuela », a déclaré à la presse le ministre péruvien des Affaires étrangères, Nestor Popolizio.

Cette prise de position intervient alors que que les États-Unis ont déclaré à plusieurs reprises que « toutes les options sont sur la table ».

Les manifestations d'opposants ont fait plus de 40 morts en une semaine, a affirmé l'ONU.

« Le sang qui peut couler au Venezuela sera sur vos mains, Donald Trump », a averti Nicolas Maduro.

« Confrontation entre frères »

Inflexible, le dirigeant socialiste rejette l'ultimatum des Européens et accuse les États-Unis d'orchestrer un coup d'État. « L'opposition doit ignorer les appels de l'Empire (les États-Unis, NDLR) qui visent à la confrontation entre frères », a-t-il tweeté mardi.

Mais Juan Guaido, qui a reconnu avoir « discuté avec le président » Trump, continue d'avancer : le Parlement a déjà nommé des « représentants diplomatiques », ambassadeurs et chargés d'affaires, dans une dizaine de pays l'ayant reconnu.  

A Washington, la secrétaire d'État adjoint chargée des Amériques, Kimberly Breier, a rencontré l'opposant vénézuélien Carlos Vecchio, nommé par Juan Guaido nouveau chargé d'affaires aux États-Unis, afin de « discuter des prochaines étapes pour soutenir la transition démocratique au Venezuela ».

Un deuxième angle d'attaque de l'opposition et de Washington est l'armée, l'autre pilier qui maintient au pouvoir le chef de l'État depuis 2013.

John Bolton a exhorté l'armée à accepter une transition « pacifique, démocratique et constitutionnelle » du pouvoir. Et Juan Guaido a offert l'amnistie aux fonctionnaires civils et aux militaires qui accepteraient de le soutenir.