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Rio et Sao Paulo cèdent à la rue

Des manifestants ont recommencé à bloquer aussi mercredi... (Photo Victor Moriyama, Reuters)

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Des manifestants ont recommencé à bloquer aussi mercredi des avenues à Sao Paulo (sud), au lendemain d'une manifestation de 50 000 personnes où une minorité s'est livrée à des violences et des actes de vandalisme.

Photo Victor Moriyama, Reuters

Javier TOVAR
Agence France-Presse
FORTALEZA

Des heurts violents ont opposé mercredi manifestants et policiers à Fortaleza en marge du match Brésil-Mexique, tandis que Sao Paulo et Rio ont cédé à la pression en baissant le tarif des transports dont la hausse avait allumé l'étincelle de la fronde qui embrase le pays.

Jets de pierre contre gaz lacrymogènes: les affrontements se poursuivaient en fin de journée après la victoire du Brésil (2-0) à ce match de la Coupe des Confédérations.

Quelque 25 000 protestataires s'étaient massés dès le matin aux abords du stade protégé par un impressionnant dispositif de sécurité.

Le gouvernement, impuissant à désamorcer le plus vaste mouvement social en 20 ans au Brésil, avait annoncé dans le matin l'envoi en renfort de troupes d'élite de la police pour protéger les six villes hôtes de la compétition: Rio, Recife, Fortaleza, Belo Horizonte, Salvado de Bahia et Sao Paulo.

Cédant à la pression populaire, les mairies de Sao Paulo et Rio de Janeiro se sont résolues à baisser le tarif des transports en commun, comme d'autres villes avant elles mardi.

«Un cirque»

«Nous allons suspendre l'augmentation et revenir au prix d'avant» des tickets du métro, de train et d'autobus, a annoncé le gouverneur de l'État de Sao Paulo, Geraldo Alckmin.

«La réduction est une façon de montrer le respect aux personnes qui sont descendues dans les rues pour protester (...). Mais je ne cautionnerai jamais ceux qui pratiquent des actes de vandalisme», a commenté le maire de Rio, Eduardo Paes.

Ces annonces sont intervenues à la veille d'une journée sensible: des manifestations sont convoquées partout dans le pays jeudi. Et notamment à Rio de Janeiro - théâtre lundi soir de scènes de furie destructive -, en marge du match Espagne-Tahiti au stade Maracana.

Le mouvement social actuel, d'abord très limité, avait commencé il y a une dizaine de jours à Sao Paulo à cause de l'augmentation des tarifs des transports.

Les protestataires, surtout des jeunes de la classe moyenne rejetant classe politique et médias traditionnels, qui se mobilisent via les réseaux sociaux, stigmatisent désormais plus largement la précarité des services publics de base au regard des milliards dépensés pour l'organisation du Mondial 2014.

«Nous protestons, car l'argent investi dans les stades devrait l'être dans l'éducation et dans la santé. Ils ont monté un cirque aux yeux du monde», déclarait un manifestant de Fortaleza, Matheus Dantas, 18 ans, à propos de la Coupe des Confédérations et du Mondial.

À l'intérieur du stade, violant les consignes de la FIFA, certains spectateurs ont brandi des pancartes de soutien aux manifestants où l'on pouvait lire «Mon Brésil est dans les rues. Le géant s'est réveillé».

Neymar tacle le gouvernement

L'attaquant vedette de la Seleçao brésilienne Neymar, transféré à prix d'or au FC-Barcelone et lui-même ciblé par certains protestataires, s'est solidarisé mercredi du mouvement après trois de ses coéquipiers mardi, en critiquant l'action du gouvernement.

«Je suis triste de tout ce qui se passe actuellement au Brésil. J'ai toujours pensé qu'il ne devrait pas être nécessaire de descendre dans la rue pour réclamer de meilleures conditions de transports, de santé, d'éducation et de sécurité. Tout ça, c'est le DEVOIR du gouvernement», a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

Une classe politique désemparée

«Toute l'institution politique, y compris la plus progressiste, est prise de stupeur, car c'est un mouvement qui sort des cadres traditionnels. C'est un mouvement d'individus qui transite de Facebook à la rue», explique à l'AFP le député socialiste Chico Alencar.

Le chef de cabinet de la présidence, Gilberto Carvalho, a lui-même admis la difficulté à cerner le mouvement : «C'est très difficile à comprendre, même à notre belle époque nous n'arrivions pas à mettre 100 000 personnes dans les rues», a-t-il déclaré, faisant allusion à l'époque où le Parti des travailleurs (PT, au pouvoir), était l'instigateur des principales mobilisations dans ce pays qui compte aujourd'hui 194 millions d'habitants.

A Sao Paulo, plus grande ville et capitale économique du Brésil, où a débuté le mouvement il y a une dizaine de jours en réaction à une augmentation des prix des transports publics, les habitants désavouent massivement la classe politique.

Selon une enquête de l'institut Datafolha dont les résultats ont été publiés mercredi, 79% des personnes interrogées ont peu ou pas de considération pour les partis. 76% disent la même chose du gouvernement et 82% du Parlement.

Parmi les motifs de mécontentement, si la hausse des transports est la cause principale (67% des sondés), viennent ensuite la corruption (38%) et les hommes politiques (35%).

Les manifestations contre les prix des transports et la facture des installations pour le Mondial de football 2014 (11 milliards d'euros selon le gouvernement) ont glissé vers une critique plus large des institutions - maires, gouvernements locaux, Parlement et gouvernement fédéral - auxquelles sont réclamées des améliorations des services publics, après deux années de faible croissance économique et une accélération de l'inflation.

«Le peuple s'est réveillé : ou il cessent de nous voler, ou nous arrêtons le Brésil», scandaient des milliers de manifestants lundi, perchés sur le toit du Parlement.

«Il y a une insatisfaction face à la politique traditionnelle, une distance entre l'électeur et ses politiques, qu'on ne voit pas seulement au Brésil, mais aussi dans toutes les grandes mobilisations de rue dans le monde», estime pour sa part la sociologue à la Fondation Getulio Vargas (FGV), Dolce Pandolfi.

Le Brésil est dirigé depuis plus de 10 ans par le Parti des travailleurs (gauche), né sous la dictature (1964-1985) précisément de mobilisations sociales et syndicales, d'où était issu l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, prédécesseur de l'actuelle présidente Dilma Rousseff.

Ces mouvements interviennent également à la suite de nombreux scandales de corruption ces dernières années, qui ont éclaboussé des parlementaires comme des ministres et touché tous les partis, y compris le PT, qui a fait face fin 2012 au procès de nombreux anciens dirigeants, impliqués dans un système d'achat de voix de député.

«De plus en plus, les grands partis ont accepté des pratiques qu'ils contestaient auparavant (...) Il y a eu dans la politique une dégénérescence des relations entre les partis, des alliances hétérodoxes, une connivence face à la corruption», poursuit M. Alencar, qui a quitté le PT il y a deux ans.

A un an d'élections nationales dans le pays, et de la Coupe du Monde, Mme Rousseff connaît sa première baisse de popularité significative (-8 points entre mars et juin, selon une enquête CNI/Ibope), mais reste tout de même à des sommets (71% d'opinions favorables avant le début de la mobilisation). Cette chute est expliquée par les sondeurs par la forte inflation et la croissance économique en berne.

Après avoir ignoré le mouvement, la présidente a finalement appelé les politiques à «écouter la voix de la rue».

En signe de bonne volonté, mercredi soir, les autorités de Sao Paulo et Rio annonçaient la suspension des augmentations dans les transports publics.




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