Un millier de Vénézuéliennes et d'Argentines veulent attaquer en justice la société PIP et les autorités responsables en France dans le cadre du scandale sanitaire aux prothèses mammaires défectueuses qui a pris une dimension mondiale, a indiqué mardi à l'AFP leur avocat.

Mis à jour le 10 janv. 2012
AGENCE FRANCE-PRESSE

Me Ari Alimi représente un groupement de 500 victimes argentines et une association regroupant autant de femmes vénézuéliennes. D'autres victimes potentielles, notamment au Brésil et en Colombie, pourraient se joindre à l'action en justice en cours pour homicide et blessures involontaires ouverte à Marseille, dans le sud de la France.

Ces plaintes s'ajouteront aux quelque 2500 déjà reçues à Marseille en fin de semaine dernière.

Me Alimi a précisé qu'il enverrait cette semaine à la juge d'instruction la lettre où Argentines et Vénézuéliennes se portent partie civile.

Selon lui, «80% des prothèses PIP ont été implantées en Amérique latine». En Argentine seulement, ce sont 15 000 qui auraient été implantées, dont certaines sans laisser de trace puisque les femmes payaient au noir, a expliqué Me Alimi.

Outre celle de PIP et de ses dirigeants, les plaignantes sud-américaines s'interrogent sur les éventuelles responsabilités de l'Agence des produits de santé (AFSSAPS), «et du laboratoire allemand TÜV» Rheinland, organisme certificateur.

Me Alimi indique que ses clientes se porteront également partie civile dans l'autre volet judiciaire de l'affaire, qui devrait donner lieu en 2012 à un procès devant le tribunal correctionnel de Marseille pour «tromperie aggravée».

Quelque 200 Vénézuéliennes porteuses de prothèses PIP intentent par ailleurs une action en justice dans leur pays pour réclamer le remboursement des frais de changement de prothèses.

L'entreprise PIP, en faillite depuis mars 2010, utilisait un gel industriel frelaté qui remplaçait frauduleusement le gel médical et qui est soupçonné d'être à l'origine d'un taux anormal de ruptures de la prothèse.

Parti de France, le scandale sanitaire des prothèses PIP a pris une tournure internationale. En France, 20 cas de cancers ont été signalés chez des porteuses de ces implants, mais sans qu'un lien de causalité ait pu être établi. Le gouvernement a cependant recommandé aux 30 000 femmes concernées en France de se faire retirer ces implants.

L'entreprise PIP produisait jusqu'à 100 000 prothèses par an, dont 84% partaient à l'exportation, notamment en Amérique latine, en Espagne, en Grande-Bretagne et en Russie. Environ 300 000 femmes seraient porteuses d'implants PIP dans le monde.

Face au scandale créé, la Commission européenne a promis la semaine dernière un renforcement des contrôles. Des propositions doivent être présentées dans le courant du 1er semestre.

Des informations publiées dans la presse dressent un tableau toujours plus sombre de cette affaire de prothèses défectueuses vendues dans 65 pays par la société française PIP (Poly Implant Prothèse).

Selon la presse française, PIP aurait aussi produit des implants pour hommes (faux pectoraux, implants fessiers et prothèses de testicules). La PIP aurait également été le «fournisseur officiel des centres anticancéreux» en France pendant des années.

Le fondateur de la société, Jean-Claude Mas, 72 ans, avait admis devant les enquêteurs avoir produit un gel de silicone non homologué, issu d'une formule de sa production et dissimulé à l'organisme certificateur.

Pour lui, ses prothèses ne présentaient cependant «aucun risque pour la santé».

Visé en France par deux enquêtes judiciaires «pour tromperie aggravée» et «blessures et homicides involontaires», il a été entendu à deux reprises par les enquêteurs, mais n'est pas mis en examen (inculpé).