Le président uruguayen José Mujica va autoriser la réouverture de 80 enquêtes sur des crimes de la dictature en Uruguay (1973-1985), a annoncé lundi le secrétaire à la présidence, Alberto Breccia, un mois après le refus du Parlement d'annuler une loi d'amnistie.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Le chef de l'État, un ex-guérillero emprisonné sous la dictature, a pris cette décision par «devoir éthique» et pour mettre son pays en conformité avec «le verdict de la Cour interaméricaine des droits de l'Homme», qui a exigé en mars que l'Uruguay lève les entraves aux enquêtes sur les disparitions forcées, a expliqué M. Breccia.

M. Mujica doit signer le décret sur les enquêtes avant la fin de la semaine et la justice fera ensuite son travail, a-t-il précisé.

Le 20 mai, les députés uruguayens avaient voté à une voix près contre l'annulation d'une loi controversée qui a longtemps été un obstacle au jugement de crimes commis sous la dictature, consacrant une amnistie de fait.

Après 14 heures de débat, la coalition au pouvoir (Frente Amplio, gauche) n'avait pas réussi à réunir les 50 voix nécessaires pour approuver le projet d'annulation en raison de l'opposition de la droite, mais aussi du chef de l'État lui-même.

Les détracteurs du projet soulignaient que la loi avait été ratifiée à deux reprises par référendum, en 1989 et 2009, et l'annuler via le Parlement serait faire fi de ces deux votes.

La loi dite de «caducité», adoptée en 1986, contraint les juges à demander l'autorisation du gouvernement pour poursuivre des membres de forces de l'ordre soupçonnés de violations des droits de l'Homme pendant la dictature.

Elle a été déclarée anticonstitutionnelle dans deux dossiers par la Cour suprême uruguayenne, au nom du principe de séparation des pouvoirs.

Cette loi a empêché tout procès jusqu'à l'arrivée de la gauche au pouvoir en 2005. Depuis, le gouvernement a autorisé plusieurs enquêtes et les principaux responsables ont été condamnés, comme le dictateur Juan Maria Bordaberry (1973-1976).

Sous la dictature en Uruguay, un pays de 3,4 millions d'habitants, environ 200 personnes ont été victimes de disparitions forcées et sont supposées mortes, selon les chiffres officiels.