Huit trafiquants de drogue présumés ont été tués jeudi matin au cours d'une opération de police dans une favela de Rio de Janeiro, signe d'une violence persistante en dépit de l'avancée de la «pacification» des quartiers défavorisés avant le Mondial de 2014.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Quelques heures plus tard, dans le quartier défavorisé d'Engenho da Rainha, dans la zone nord de la ville, les habitants semblaient apeurés et évitaient d'évoquer le sujet. «Je n'ai rien vu, je n'est rien vu», a lâché à l'AFP un homme marchant avec précaution.

«Quand l'opération a eu lieu, les gens qui étaient en train de préparer une procession religieuse ont dû partir en courant», a raconté Liliana, une femme de 93 ans, devant l'église locale de Sao Vicente Paulo.

Des troupes d'élite du bataillon des opérations spéciales (Bope) étaient entrées dans la favela sur les traces de «narcos» présumés qui s'étaient échappés la veille d'une favela voisine occupée depuis peu par la police.

Les autorités brésiliennes ont entamé en 2008 une course contre la montre pour «pacifier» Rio de Janeiro d'ici au Mondial de football de 2014 et aux jeux Olympiques de 2016.

À ce jour, plus de vingt favelas ont été «pacifiées» et les trafiquants de drogue en ont été chassés.

Le lieutenant-colonel Alexandre Fontenelle, du Bope, a déclaré à la presse que les agents avaient été accueillis dans le quartier d'Engenho par des tirs, auxquels ils ont répondu, la fusillade ayant duré plusieurs heures pendant la nuit.

Un habitant du quartier a été blessé dans l'opération au moment où il rentrait chez lui, a précisé la police.

Après l'opération, les agents ont saisi des armes et des grenades, ainsi que de la cocaïne, du crack et de l'oxi, un mélange bon marché de pâte de cocaïne et d'hydrogène qui se répand très vite à Rio.

Selon M. Fontenelle, ces huit hommes se cachaient dans le quartier après avoir abandonné celui de Mangueira repris dimanche dernier par plusieurs centaines de policiers et militaires, appuyés par des hélicoptères et des blindés.

La «pacification» de Mangueira, berceau de la plus ancienne et fameuse école de samba de Rio, est stratégique : elle ferme un «périmètre de sécurité» autour du Maracana où se dérouleront la finale du Mondial 2014 et des compétitions des jeux Olympiques 2016.

«Pacification» est le terme utilisé par les autorités de Rio pour signifier le retour de l'État et des services publics dans les quartiers défavorisés après l'expulsion des narcotrafiquants qui les contrôlaient depuis des années.

L'opération de dimanche à Mangueira avait été annoncée et s'est déroulée sans un coup de feu. Mais cela a permis aux trafiquants de fuir la favela et de se réfugier dans d'autres quartiers comme celui d'Engenho.

Mercredi, les unités d'élite de la police ont aussi occupé la favela de Juramento, également dans la zone nord, et considérée comme une sorte de couloir emprunté par les trafiquants de drogue pour passer d'un quartier à l'autre.