Le mariage homosexuel divise l'Argentine, pays qui se dit catholique à 91%, les manifestations se multipliant à l'approche d'un vote crucial au Sénat, alors qu'Église et stars de la musique jettent leurs forces dans la bataille.

Oscar Laski AGENCE FRANCE-PRESSE

Ce pays peut devenir le premier d'Amérique latine à passer une loi autorisant le mariage entre personnes d'un même sexe si le Sénat adopte le texte qui doit lui être soumis le 14 juillet. Le projet de loi a franchi le premier obstacle à la chambre basse, où il a été approuvé le 5 mai par 126 voix pour, 109 contre et cinq abstentions. Au Sénat, la bataille s'annonce beaucoup plus serrée.

«Trente-huit sénateurs (sur 72) se sont engagés auprès de nous à l'adopter», déclare à l'AFP Maria Rachid, responsable de la Fédération argentine de lesbiennes, gays, bisexuels et trans (LGBT), à l'origine de ce combat.

«Nous savons que l'Église fait pression sur eux pour les faire changer d'avis, mais nous pensons qu'ils respecteront leurs engagements», a-t-elle dit, ajoutant : «Nous espérons que le projet de loi sera adopté dès le 14 juillet».

En attendant le grand jour, la tension monte et des dizaines de milliers de personnes ont déjà manifesté pour et contre le projet de loi en province : à Tucuman et Salta (nord), Mendoza et San Juan (ouest), San Luis et Cordoba (centre-ouest) et Santa Fe (centre-est).

L'Église catholique, qui demeure très influente dans le pays, organise une grande mobilisation face au Congrès pour le 13 juillet, veille du débat au Sénat. Elle fait parallèlement campagne pour un référendum.

La consultation populaire «est une voie plus raisonnable que celle empruntée par des sénateurs agissant bien souvent sous pression», a déclaré l'évêque Antonio Marino, même si l'Église a précisé par la suite qu'il s'agissait là d'une initiative d'un groupe de prélats.

Pour Rachid, en revanche, «les droits de l'Homme ne peuvent être soumis à référendum, car ils sont clairement énoncés dans la constitution, selon laquelle tous les citoyens sont égaux devant la loi». «Aucun référendum ne peut modifier ce principe constitutionnel», dit-elle.

Le projet de loi prévoit de modifier deux articles du Code Civil, la formule «mari et femme» y étant remplacée par le terme «les contractants». Les mariés pourront en outre adopter des enfants et avoir accès aux mêmes droits : sécurité sociale, allocations ou jours de congé liés à la vie familiale.

Les stars du rock Fito Paez et Vicentico, parmi d'autres, se sont produits lundi soir devant des milliers de personnes face au Congrès pour soutenir le projet de loi.

Le même jour, une manifestation importante avait lieu à Mendoza, à l'appel d'organisations religieuses, «en défense de la famille». «Nous voulons un papa et une mamam», «Ils veulent nous prendre notre Dieu», pouvait-on lire sur des banderoles.

Deux Argentins, Alex Freyre et José Maria Di Bello, ont été les premiers homosexuels à se marier en Amérique latine le 28 décembre en Terre de feu (sud), avant d'être imités par six autres couples gays ou lesbiens.

Une bataille juridique s'en est suivie. Des juges ont tenté d'annuler ces actes au motif que l'article 172 du Code civil ne prévoit pas le mariage entre personnes du même sexe. Mais les mariés ont fait à chaque fois appel et se disent sûrs de l'emporter, s'il le faut, devant la Cour Suprême.

Ils espèrent, toutefois, que la loi arrivera avant.