Le nouveau contrat militaire passé dimanche par le Venezuela avec la Russie ravive les craintes d'une course aux armements en Amérique du Sud, où plusieurs pays renforcent leurs arsenaux.

Selon le président vénézuélien Hugo Chavez, la Russie va prêter 2 milliards de dollars à son pays pour l'achat de 92 chars T-72 et des lance-missiles.

«Avec ces fusées, ils vont avoir du mal à venir nous bombarder», a déclaré le chef de file de la gauche antilibérale en Amérique latine, un mois après avoir accusé l'«empire» américain de vouloir s'en prendre au riche bassin pétrolifère de l'Orénoque, dans le sud-est du Venezuela.

En 2008, la Russie avait déjà accordé 1 milliard de dollars de crédit au Venezuela pour financer la coopération bilatérale sur les plans technique et militaire.

De 2005 à 2007, le premier exportateur de brut sud-américain avait aussi dépensé 4,4 milliards de dollars pour acheter 24 avions Sukhoi-30, 50 hélicoptères de transport militaire ou encore 100 000 fusils d'assaut Kalashnikov à la Russie.

Moscou est devenu le premier fournisseur d'armes du Venezuela, depuis que les États-Unis ont interdit les exportations d'armes vers le pays latino-américain en 2006, au motif qu'il ne coopérait pas suffisamment à la lutte contre le terrorisme.

«Nous sommes inquiets, de façon générale, de l'objectif avoué du Venezuela d'accroître son arsenal militaire, ce qui pose à notre avis un grave défi à la stabilité du continent américain», a déclaré lundi le porte-parole du département d'État américain, Ian Kelly.

«Nous redoutons une course aux armements dans la région», a-t-il ajouté.

Cet accord survient dans un contexte de réarmement massif de plusieurs pays sud-américains, comme le Brésil, qui a engagé des négociations pour acheter 36 avions de chasse Rafale à la France, après avoir acquis quatre sous-marins d'attaque Scorpène et 50 hélicoptères de transport militaire.

Le montant de ces contrats avoisinerait les 12 milliards d'euros.

Le Pérou, lui, accuse son voisin chilien, qui a notamment acquis 18 avions F-16 d'occasion aux Pays-Bas, de se lancer dans une course aux armements.

Quant à la Colombie, elle a suscité l'ire de ses voisins en dévoilant un  nouvel accord militaire prévoyant la mise à disposition de sept de ses bases à l'armée américaine.

Au total, les dépenses d'armement ont augmenté de 50% entre 1999 et 2008 en Amérique du Sud, selon l'Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri), référence en matière d'armes et de conflits dans le monde.

L'analyste vénézuélienne Esla Cardozo déplore que les pays de la région «aient perdu l'habitude de travailler ensemble et en toute transparence sur les questions de défense».

La mise en place de «mécanismes de confiance mutuelle en termes de sécurité» est justement l'enjeu d'une réunion des ministres de la Défense et des Affaires étrangères des pays sud-américains, organisée mardi à Quito.

Pour Mme Cardozo, «le cas vénézuélien est encore plus préoccupant en raison de l'agressivité du discours du président et de son adhésion au discours violent de l'Iran».

Téhéran aide Caracas à développer un programme nucléaire civil, a annoncé le président Hugo Chavez, qui a cependant écarté tout usage de l'énergie atomique à des fins militaires.

«Le rapprochement avec l'Iran est perçu avec préoccupation», estime néanmoins Maruja Tarre, professeur en relations internationales.