(Nations unies) Le Conseil de sécurité de l’ONU a exigé jeudi la fin du « siège » d’El-Facher par les paramilitaires au Soudan et la fin des combats autour de cette grande ville du Darfour où sont piégés des centaines de milliers de civils.

La résolution préparée par le Royaume-Uni, qui a recueilli 14 voix pour, avec l’abstention de la Russie, « exige que les Forces de soutien rapide mettent un terme au siège d’El-Facher, et appelle à l’arrêt immédiat des combats et à la désescalade dans et autour d’El-Facher ».

Depuis avril 2023, le Soudan est le théâtre d’une guerre meurtrière opposant l’armée dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) de son ex-adjoint devenu rival, le général Mohamed Hamdane Daglo.

Seule capitale des cinq États du Darfour à échapper au contrôle des FSR, El-Facher avait longtemps été relativement épargnée par les combats. La ville accueillant de nombreux réfugiés faisait office de hub humanitaire pour cette vaste région de l’ouest du Soudan menacée par la famine.

Mais le 10 mai, des combats intenses y ont éclaté, faisant craindre un nouveau tournant « alarmant » dans le conflit, selon le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

« L’adoption de cette résolution envoie un message clair », s’est félicitée l’ambassadrice britannique Barbara Woodward.

Elle vise à « aider à assurer un cessez-le-feu localisé autour d’El-Facher, et créer des conditions plus larges pour soutenir une désescalade dans le pays, et sauver des vies », a-t-elle ajouté.

La résolution réclame ainsi le « retrait de tous les combattants qui menacent la sécurité des civils » et appelle toutes les parties à permettre aux civils qui le souhaitent de quitter El-Facher.

Le texte demande également à Antonio Guterres de présenter des « recommandations » pour améliorer la protection des civils au Soudan.

« Mission » pour protéger les civils ?

Saluant l’adoption de la résolution, Louis Charbonneau, de Human Rights Watch, est allé plus loin, appelant le secrétaire général à « travailler de façon urgente avec les États membres de l’Union africaine pour déployer une mission avec un mandat de protection des civils ».

« La résolution d’aujourd’hui prévient les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide que le monde regarde », a-t-il ajouté.

Les humanitaires et l’ONU ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur le cauchemar vécu depuis un an par la population soudanaise, notamment au Darfour, et craignent en particulier que la guerre ne dégénère en de nouvelles violences ethniques.

La région a déjà été ravagée il y a plus de 20 ans par la politique de la terre brûlée menée par les Janjawids – les miliciens arabes depuis enrôlés dans les FSR – pour le président de l’époque Omar el-Béchir.

Le nouveau conflit a déjà fait des dizaines de milliers de morts et quelque 9 millions de déplacés et réfugiés.

En mars, le Conseil de sécurité avait appelé à un cessez-le-feu « immédiat » pendant le mois du ramadan qui commençait quelques jours plus tard, une résolution qui n’avait pas été suivie d’effet.

La résolution adoptée jeudi appelle les parties à se mettre d’accord sur un cessez-le-feu immédiat, et à lever les obstacles à l’accès humanitaire, au moment où la famine menace des millions d’habitants. Elle demande en particulier la réouverture du point de passage transfrontalier d’Adre, entre le Tchad et le Soudan.

Le texte appelle enfin tous les États membres à « s’abstenir de toute ingérence extérieure visant à fomenter conflit et instabilité » et réclame le respect de l’embargo sur les armes, sans nommer aucun pays.

Dans leur rapport publié en janvier, les experts chargés par le Conseil de surveiller le régime de sanctions avaient dénoncé les violations de l’embargo sur les armes, pointant du doigt plusieurs pays, dont les Émirats arabes unis accusés d’envoyer des armes aux FSR.