(Marrakech) La Coalition internationale anti-État islamique (EI), réunie mercredi au Maroc, s’est engagée à poursuivre la lutte contre la menace croissante de l’organisation djihadiste en Afrique et sa résurgence au Moyen-Orient et dans le reste du monde.

Publié le 11 mai
Philippe AGRET Agence France-Presse

La réunion ministérielle de la « Coalition contre Daech (acronyme arabe de l’EI) » a mobilisé sous haute sécurité à Marrakech une quarantaine de chefs de la diplomatie.

Initialement co-hôte de la réunion avec son homologue marocain Nasser Bourita, le secrétaire d’État Antony Blinken, testé positif à la COVID-19, a été remplacé par la numéro 3 de la diplomatie américaine Victoria Nuland.  

« Nous sommes rassemblés pour partager l’engagement d’assurer la défaite durable de l’EI en Irak et en Syrie, à travers le continent africain et dans le monde entier », a affirmé Mme Nuland.

Les participants ont « passé en revue les […] efforts de stabilisation dans les zones précédemment affectées par Daech, dans le domaine de la communication stratégique contre la propagande de radicalisation de ce groupe terroriste et de ses affiliés, et la lutte contre les combattants terroristes étrangers », a rapporté la diplomatie marocaine.

C’est la première fois que cette Coalition – lancée en 2014 et qui rassemble 84 États et organisations internationales (dont l’OTAN et Interpol) – tenait cette assemblée sur le sol africain, où l’EI semble vouloir s’étendre, notamment au Sahel et dans le Golfe de Guinée.

Dix-neuf pays africains ont participé à la réunion, y compris le Bénin pour la première fois.  

« Aujourd’hui, 27 entités terroristes basées en Afrique sont inscrites sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies », a indiqué M. Bourita. Un total de 1,4 million de personnes a été déplacé en 2021 en Afrique de l’Ouest et au Sahel en raison des conflits dans la région, a-t-il précisé.   

Au Sahel, le nombre d’« incidents terroristes » a augmenté de 43 % entre 2018 et 2021, selon les chiffres du contre-terrorisme américain.  

Mercredi, cinq militaires égyptiens et sept djihadistes ont été tués lors d’une nouvelle attaque dans la région du Sinaï (est) en proie à une insurrection djihadiste, selon l’armée égyptienne.

Menace persistante

Les États-Unis ont indiqué vouloir dépenser près de 120 millions de dollars en nouvelle aide à l’Afrique subsaharienne afin « d’entraver, arrêter, poursuivre et condamner des terroristes ».      

« Nous restons lucides sur l’état de la menace de l’EI qui n’a pas diminué », a déclaré M. Bourita.

Si l’EI a perdu son emprise en Irak et en Syrie, « il demeure une menace, cherchant la moindre occasion de se reconstituer », a appuyé Mme Nuland.

En janvier, une centaine de combattants de Daech ont attaqué une prison tenue par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, son attaque la plus meurtrière depuis sa défaite il y a trois ans.

« C’était un signal d’alarme qui montre combien la situation actuelle est intenable dans le nord-est de la Syrie », a ajouté Mme Nuland.

L’EI a en outre juré de venger son précédent chef, Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi, tué lors d’une opération américaine en Syrie en février, et exhorté ses partisans à profiter de la guerre en Ukraine pour reprendre leurs attaques en Europe.  

Washington s’efforce de lever cette année 700 millions de dollars (350 millions pour l’Irak, autant pour la Syrie) afin de financer des opérations de « stabilisation » dans des zones libérées du contrôle de l’EI, et y favoriser l’investissement économique privé.