(Kano) Plus de quarante personnes ont été tuées depuis dimanche dans deux attaques de villages perpétrées par des hommes armés dans le Nord-Ouest du Nigeria, où une base militaire a également été assaillie par de présumés djihadistes, ont indiqué les autorités lundi.

Aminu ABUBAKAR, avec Louise DEWAST à Abuja Agence France-Presse

« Des hommes non identifiés ont attaqué (dimanche) le village de Madamai dans le district de Kaura […] 34 habitants ont été tués au cours de l’attaque. Sept ont été blessés », a déclaré lundi le responsable de la sécurité de l’État de Kaduna, Samuel Aruwan, dans un communiqué.

« Des soldats ont été dépêchés sur les lieux de l’attaque, où ils ont essuyé des tirs, avant de forcer les assaillants à se retirer après d’intenses échanges de tirs », a ajouté ce responsable.

« En représailles » de cette attaque, ainsi que d’une autre où une personne a été tuée dans le village de Jankasa, « huit personnes sont mortes, six ont été blessées, et plusieurs maisons détruites […] dans le village de Kacecere » par « des hommes non identifiés », selon un nouveau communiqué signé de M. Aruwan et publié lundi en début de soirée.

Le communiqué n’indique pas si l’attaque en représailles a été menée dimanche ou lundi.

Depuis des années, une âpre compétition pour les ressources naturelles oppose éleveurs transhumants et agriculteurs sédentaires dans le Centre et le nord-ouest du Nigeria, les seconds accusant les premiers de saccager leurs terres avec leur bétail.

Aggravées par le changement climatique et l’explosion démographique dans ce pays de 200 millions d’habitants, les violences sporadiques ont débouché sur une grave crise sécuritaire, entre attaques de bandits lourdement armés et représailles sans fin entre communautés.

Les gangs criminels, appelés localement « bandits » pillent les villages, volent le bétail et pratiquent des enlèvements contre rançons.  

Cette année, ces gangs ont pris pour cible des écoles et des universités, enlevant plus de 1400 élèves, selon l’UNICEF.

Ces groupes criminels agissent a priori sans motivation idéologique, même si des liens avec les groupes djihadistes du Nord-Est sont attestés depuis plusieurs années et semblent s’intensifier depuis plusieurs semaines.  

Base militaire attaquée

L’armée nigériane a affirmé lundi que de présumés combattants du groupe État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) et des criminels ont attaqué dimanche le camp de Burkusuma, l’une de leurs bases dans l’État de Sokoto, à l’extrême Nord-Ouest du Nigeria.

Le repaire de l’Iswap se trouve dans le nord-est du Nigeria, en proie à une insurrection djihadiste depuis douze ans, à des centaines de kilomètres du nord-ouest du Nigeria, où les « bandits » opèrent.

« Les troupes ont repoussé avec succès une attaque de présumés terroristes du groupe État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) et de bandits », a déclaré un porte-parole militaire, Benjamin Sawyerr, dans un communiqué.  

Les informations concernant cette attaque mettent du temps à émerger, car les autorités de Sokoto ont coupé le réseau téléphonique dans une partie du territoire afin de lutter plus efficacement contre les bandits.

« Les assaillants sont arrivés en nombre en utilisant les réseaux téléphoniques du pays voisin (le Niger) », a précisé M. Sawyerr.  

Selon un habitant de la région, Attahiru Umeh, des hommes armés « ont tué 17 personnels de sécurité, dont 5 soldats, 9 policiers, trois responsables d’un groupe d’autodéfense ».  

Un membre du personnel médical d’un hôpital de Sokoto a affirmé à l’AFP que 17 corps portant l’uniforme ont été amenés à la morgue du district où se trouve la base.  

Ces informations n’ont pas été confirmées de source militaire ou policière.

« Plusieurs combattants de l’Iswap ont été éliminés, et d’autres se sont échappés, mais ont été blessés à des degrés divers. Malheureusement, il y a eu un certain nombre de victimes enregistrées au sein de nos troupes », a dit », a dit M. Sawyerr, sans donner plus de précisions.   

Cette semaine, des sources militaires ont également alerté sur un mouvement de plus de 200 combattants appartenant à un autre groupe djihadiste présent dans le Nord-Est et se dirigeant vers l’État de Kaduna.  

Une opération militaire est en cours depuis début septembre dans l’État de Zamfara, principal repaire des « bandits ». Les États voisins, comme Kaduna, Sokoto et Katsina, s’inquiètent d’un déplacement de ces groupes sur leur territoire.  

Ils ont ainsi mis en place des restrictions, notamment coupé les réseaux téléphoniques pour empêcher les groupes armés d’échanger entre eux.  

Mais ces restrictions ont également pour conséquence d’aggraver les difficultés économiques des populations du nord-ouest du Nigeria, déjà minées par une pauvreté extrême.