Pays le plus vacciné du monde, les Seychelles ont un taux d’infection proportionnellement plus élevé que celui de l’Inde

Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

60 % de la population vaccinée

Plus de 60 % des quelque 100 000 habitants des Seychelles sont complètement vaccinés. Pourtant, la propagation de la COVID-19 y a explosé depuis le début du mois de mai. L’archipel situé dans l’océan Indien présente un taux d’infection de plus de 100 nouveaux cas par jour, ce qui est proportionnellement plus élevé qu’en Inde. « Nous vivons une tendance à la hausse, a déclaré cette semaine le commissaire à la Santé publique, Jude Gedeon, lors d’un point de presse. Nous ne savons pas combien de temps cela va durer. Cela dépendra des mesures prises et de la manière dont les nouvelles mesures seront respectées. » Un confinement national vient d’être réimposé.

« Un goût amer »

À première vue, ce constat « donne un goût amer », mais le tableau est plus complexe qu’il n’y paraît, signale Benoit Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et expert en virologie. « Être vacciné nous protège des symptômes sévères très efficacement, mais il est tout de même possible dans certains cas d’être infecté. » M. Barbeau souligne aussi que les deux tiers des cas d’infection aux Seychelles touchent les gens qui n’ont reçu qu’une seule dose de vaccin, ou encore qui n’ont pas été vaccinés. « C’est quand même un bon point pour la vaccination, ça montre que les gens vaccinés sont protégés. »

Vaccin de Sinopharm

La plupart des doses de vaccin utilisées aux Seychelles provenaient de l’entreprise chinoise Sinopharm. L’Organisation mondiale de la santé a estimé récemment que le vaccin de Sinopharm était efficace à un peu plus de 78 % pour les personnes de moins de 60 ans, et a signalé ne pouvoir s’exprimer sur le succès du vaccin chez les personnes de plus de 60 ans, faute de données. Le vaccin d’AstraZeneca de même que ceux de Pfizer et de Moderna ont été jugés plus efficaces, dit M. Barbeau. « C’est sûr que la qualité des vaccins a joué un rôle. » Sinopharm a donné 13,3 millions de doses de vaccin à 56 pays, selon l’organisation Bridge Beijing.

PHOTO MARKO DJURICA, ARCHIVES REUTERS

Des doses du vaccin de Sinopharm

Avenir de la pandémie ?

Il est difficile de savoir à quoi ressemblera la pandémie dans quelques mois, ou quelques années. L’un des scénarios envisageables est de voir le virus causer des points chauds d’infections chez les gens qui n’auront pas été vaccinés ou auront été vaccinés avec un vaccin moins efficace, et ce, même dans les pays et territoires affichant un taux élevé de vaccination. « On peut envisager une situation où le virus est généralement maîtrisé, mais où on assiste à des explosions de nouveaux cas à certains endroits précis dans le monde en fonction des variants. Chaque pays aurait à s’adapter, avec les restrictions de voyages internationaux. C’est une possibilité. On en est au tout début de nos connaissances sur ce virus. »