(Addis Abeba) Des dizaines de personnes ont été tuées par balles depuis vendredi dans une zone du Nord-Est de l’Éthiopie, objet d’un vieux différend territorial entre deux régions administratives du pays, ont affirmé les représentants de chacune d’elles, se rejetant la responsabilité des violences.

Agence France-Presse

Ce conflit entre les régions éthiopiennes Afar et Somali met en lumière les tensions qui traversent l’Éthiopie et son système de « fédéralisme ethnique », et qui ne se limitent pas au récent conflit armé dans la région septentrionale du Tigré.

Le porte-parole de la région Afar, Ahmed Kaloyte, a affirmé à l’AFP que des forces de sécurité de la région Somali avaient attaqué une zone nommée Haruka, « tirant au hasard sur des habitants et tuant au moins 30 nomades afars » et en blessant 50.

« La communauté locale a alors repoussé les assaillants », a-t-il affirmé. Mais mardi matin, des forces de la région Somali sont revenues à Haruka et dans deux autres zones proches, armées de mitrailleuses montées sur des véhicules et de lance-roquettes et ont « tué un nombre indéterminé de civils dont des femmes et des enfants dans leur sommeil », a-t-il ajouté.  

Ces affirmations n’ont pu être vérifiées de façon indépendante, pas plus que celles de son homologue de la région Somali qui a, lui, affirmé que les forces de la région Afar avaient déclenché les violences.

« La dernière poussée de violence a commencé vendredi, quand des policiers de la région Afar ont attaqué des nomades somalis pour des raisons inconnues », a affirmé à l’AFP le porte-parole de la région Somali, Abdo Heloe. « Jusqu’ici plus de 25 civils ont été tués et plus de 30 blessés ».

« L’attaque “se poursuit” et les autorités fédérales » n’ont pris aucune mesure pour apaiser la situation » a-t-il assuré.

L’Éthiopie est divisée en dix régions administratives découpées selon des lignes ethniques et dotées de larges pouvoirs. Les différends fonciers ou politiques entre régions dégénèrent parfois en violences sanglantes.

Des violences entre Oromos et Amharas, les deux principales ethnies du pays, ont été rapportées récemment.

Mardi, les autorités locales de la zone de Jile-Temuga, dans la région de l’Amhara mais peuplée d’Oromo, a affirmé que 68 personnes avaient été tuées et 114 blessées dans une » récente attaque « sans préciser sa date. Elles ont également affirmé que plus de 40 000 agriculteurs avaient dû quitter leur domicile et étaient hébergés dans trois camps temporaires.

Les autorités fédérales éthiopiennes n’ont pas répondu dans l’immédiat aux sollicitations de l’AFP.

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, a envoyé en novembre l’armée fédérale au Tigré pour en chasser les dirigeants régionaux qui défiaient son autorité. Des combats s’y poursuivent.