Le nord du Mozambique est frappé par une vague d’attaques orchestrées par des combattants se réclamant du groupe armé État islamique, qui n’hésitent pas à décapiter de nombreux civils, dont des enfants, pour semer la terreur.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Le gouvernement central a déployé un important contingent militaire et fait appel à des mercenaires sud-africains pour tenter de ramener le calme dans cette province à majorité musulmane riche en ressources naturelles, où la majeure partie de la population vit dans la pauvreté.

La première attaque dans la province de Cabo Delgado est survenue en 2017 lorsque des groupes armés ont pris pour cible une station de police, tuant un agent et en blessant un autre.

Les insurgés, identifiés localement sous le nom d’al-Shabab, qui rappelle celui des combattants islamistes actifs en Somalie, ont intensifié leurs actions au fil des ans en usant d’une violence croissante.

Dans un rapport paru en début de semaine, l’organisation Save the Children a souligné que les familles fuyant les affrontements dans la province nordique du pays de 30 millions d’habitants relatent avoir été témoins de scènes « horribles de meurtres ».

Une mère de quatre enfants a indiqué que son fils de 12 ans avait été pris et cruellement exécuté.

Nous avons tenté de nous échapper pour nous réfugier dans les bois, mais ils ont réussi à prendre mon plus vieux garçon et l’ont décapité. On ne pouvait rien faire parce qu’on aurait également été tuées.

Mère de quatre enfants

Les forces gouvernementales aussi montrées du doigt

Amnistie internationale a recueilli des témoignages similaires l’année dernière après que les islamistes, qui ont prêté allégeance au groupe État islamique en 2019, ont attaqué la ville de Quisanga et terrorisé la population pendant plusieurs semaines.

« Ils prennent des garçons et des filles. Parfois, c’est pour les décapiter. Parfois, c’est pour prendre les filles comme “épouses” et leur faire faire du travail à leur base. Les garçons deviennent des soldats », a indiqué un des survivants.

L’organisation de défense des droits de la personne a aussi montré du doigt les forces gouvernementales en relevant qu’elles avaient commis des « exécutions extrajudiciaires, des actes de torture » et « mutilé les corps » de combattants islamistes ou de civils qui leur étaient prétendument sympathiques.

L’analyse d’une vidéo authentifiée par Amnistie internationale a démontré que des soldats avaient battu une femme tentant de fuir la ville d’Awasse avant de la mitrailler et de laisser sa dépouille nue sur l’autoroute. Les analystes de la vidéo ont relevé qu’elle avait été touchée par plus d’une trentaine de balles.

Amnistie internationale s’alarme aussi de l’action de mercenaires appartenant au Dyck Advisory Group, une firme sud-africaine recrutée par l’État, qui auraient ouvert le feu sur des foules sans défense avec des hélicoptères de combat et détruit des infrastructures civiles comme des hôpitaux où se cachaient des insurgés.

Les affrontements ont fait plus de 2500 morts et poussé sur les routes plus de 600 000 personnes, selon le plus récent décompte des organisations humanitaires suivant la crise, qui est une source d’embarras pour le gouvernement de Filipe Nyusi.

Image à l’international et ressources naturelles

Dans une récente analyse parue en ligne, un chercheur de l’Université de Johannesburg, Cristiano d’Orsi, relève que l’État rechigne à mettre à jour les données sur le nombre de personnes déplacées de crainte de ternir l’image d’une province riche en ressources naturelles sur laquelle repose « le futur économique du pays ».

La présence de gisements importants de gaz naturel et de pétrole attire des géants internationaux comme Exxon Mobil et Total, qui a dû retirer une partie de son personnel en début d’année après que des combats sont survenus non loin de ses infrastructures.

Le gouvernement n’apprécie pas l’attention des journalistes à ce sujet et a décidé d’expulser il y a quelques jours un ressortissant britannique, Tom Bowker, qui chapeautait un site de nouvelles en anglais présentant un portrait critique de la situation dans le nord.

En entrevue depuis la France, M. Bowker a indiqué mardi que le véritable moteur de la crise dans la province de Cabo Delgado est l’insatisfaction de la population locale face au sous-développement de la région. Et que cette frustration fait le jeu d’intégristes qui en profitent pour faire du recrutement et étendre leur influence.

Les États-Unis ont annoncé en début de semaine que les forces spéciales américaines formeraient pour deux mois leurs homologues de l’armée mozambicaine afin de permettre au gouvernement de renforcer sa position sur le terrain alors que les appels à un cessez-le-feu se multiplient.

« Il faut que la violence cesse et que les familles déplacées puissent recevoir du soutien alors qu’elles tentent de retrouver leurs repères et de surmonter le traumatisme subi », a déclaré lundi dans un communiqué la directrice locale de Save the Children, Chance Briggs.