(Katsina) Exténués, parfois en larmes, plus de 300 garçons enlevés par des hommes armés dans le nord du Nigeria, ont retrouvé vendredi leurs parents, épilogue d’une semaine terrifiante.

John OKUNYOMIH
Agence France-Presse

Ils faisaient partie des centaines de collégiens et lycéens enlevés le soir du 11 décembre par des hommes armés, surnommés « bandits » dans cette région, au lycée d’État pour garçons de Kankara. Ce rapt de masse a ensuite été revendiqué par le groupe djihadiste Boko Haram, habituellement actif dans le nord-est du pays, à des centaines de kilomètres plus à l’est.

PHOTO KOLA SULAIMON, AGENCE FRANCE-PRESSE

Arrivés en bus et en camion dans la matinée à la résidence du gouverneur dans l’État de Katsina, les enfants ont marché pieds nus jusqu’à une salle de réception, où les attendaient de nombreux responsables, dont le gouverneur Aminu Bello Masari.

« Je suis heureux, très heureux de savoir que je vais revoir mon père, ma mère et mes petits frères », confiait un adolescent de 14 ans, souriant mais l’air épuisé.  

PHOTO SUNDAY ALAMBA, ASSOCIATED PRESS

Ce n’est qu’en début de soirée qu’ils ont pu retrouver leurs familles, attendant pour nombre d’entre elles à l’extérieur du quartier officiel de la ville de Katsina.

« J’ai pleuré en le voyant », a confié à l’AFP Hajia Bilikis, la mère d’Abdullahi Abdu-Rasaq, 15 ans.

« Vous avez souffert physiquement, mentalement, psychologiquement », a déclaré le gouverneur alors que les enfants étaient massés dans l’Assemblée locale, assurant que pour lui aussi cette période avait été douloureuse.  

Les autorités leur ont donné des habits et le président Muhammadu Buhari, originaire de l’État de Katsina et qui était dans la région cette semaine pour un « séjour personnel » leur a rendu une courte visite dans le bureau du gouverneur, leur parlant en langue locale haoussa.

Jeudi, les djihadistes de Boko Haram avaient diffusé une vidéo de dizaines d’élèves présumés enlevés.

Le visage couvert de poussière et griffé, un jeune garçon expliquait faire partie de 520 élèves enlevés par « le gang de Shekau », du nom du chef historique de Boko Haram. Dans cette vidéo, Boko Haram affirmait, par la voix de ce garçon d’environ 14 ans, que certains avaient été tués.  

Les enfants, pour la plupart très jeunes, apparaissaient à bout de forces. Il n’était pas possible de savoir dans l’immédiat si les enfants de la vidéo sont ceux qui ont été libérés ni combien d’entre eux restaient éventuellement aux mains de leurs ravisseurs.

« Protéger les écoles »

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a réclamé vendredi « la libération immédiate et inconditionnelle » des enfants encore détenus.  

Dans un communiqué, il « salue les mesures rapides prises par les autorités nigérianes pour sauver les enfants » et « appelle à redoubler d’efforts pour protéger les écoles et les établissements d’enseignement dans le pays ».

Selon des informations recueillies par l’AFP, ce rapt de masse a été coordonné par le chef de gang Awwalun Daudawa en collaboration avec deux autres bandits renommés, Idi Minoriti et Dankarami, groupes armés qui terrorisent les populations dans le nord-ouest du Nigeria, et commettent des enlèvements contre rançon et des vols de bétail.

Selon plusieurs témoignages de jeunes garçons qui ont réussi à s’échapper, les otages avaient été divisés en plusieurs groupes, le soir même de leur enlèvement.

Selon une source sécuritaire proche du dossier, les lycéens apparaissant dans la vidéo étaient ceux détenus par Awwalun Daudawa, qui répond directement aux ordres de Boko Haram, les autres pouvant être libérés à la suite de négociations engagées entre les ravisseurs et le gouvernement local.  

Cette attaque, qui a ravivé le souvenir de l’enlèvement par Boko Haram de plus de 200 jeunes filles à Chibok en 2014, était un camouflet pour le président Buhari, originaire de l’État de Katsina, où il célébrait jeudi ses 78 ans.    

Boko Haram et sa branche dissidente, le groupe État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), actifs dans le nord-est du Nigeria, ont fait plus de 36 000 morts en dix ans de conflit et deux millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.