(Khoms) Près de 100 migrants, en majorité africains, sont morts noyés en 24 heures dans deux naufrages au large de la Libye, un nouveau drame de l’immigration clandestine lié à ce pays d’Afrique du Nord plongé dans le chaos depuis 2011.  

Agence France-Presse

Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) dans la ville de Sorman (ouest) ont « assisté trois femmes, seules survivantes d’un naufrage dans lequel 20 personnes se sont noyées » jeudi, a rapporté l’ONG sur son compte Twitter vendredi avant l’aube.  

« Secourues par les pêcheurs locaux, elles étaient sous le choc et terrifiées, elles ont vu des êtres chers disparaître sous les vagues, mourir sous leurs yeux », selon MSF.

Peu avant, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a fait état d’au moins 74 morts dans un naufrage au large de Khoms, à quelque 180 km à l’est de Sorman.

En tout, 47 survivants ayant entrepris cette périlleuse traversée de la Méditerranée pour rejoindre les côtes italiennes et l’Europe ont été amenés à terre par les garde-côtes libyens et des pêcheurs.

PHOTO HUSSEIN BEN MOSA, OIM 2020 VIA AP

Une travailleuse de l’Organisation internationale pour les migrations discute avec une survivante d'un naufrage survenu au large de Khoms.

« Sept femmes figurent parmi les survivants », a dit vendredi à l’AFP Mokhtar Salem Mohamed, un responsable au ministère libyen de l’Intérieur en charge des questions migratoires, rencontré dans un centre pour migrants à Khoms.  

Les victimes ont été transférées dans ce centre, en attendant de « finaliser les procédures d’enterrement », selon lui.

Moteur en panne

Jeudi, les corps sans vie repêchés ou rejetés par les eaux ont été alignés sur le rivage, certains portant encore des gilets de sauvetage.

Les survivants se sont eux blottis sous des couvertures, le regard trahissant épuisement et inquiétude. Les travailleurs humanitaires ont distribué eau et colis alimentaires, devant une petite construction rudimentaire en blocs béton.

Dans une séquence vidéo de l’AFP, un migrant à l’allure frêle montre à la caméra sa carte de réfugié. Les yeux dans le vague, le menton posé au creux de la main, son compagnon de route est emmitouflé dans une couverture grise frappée du logo d’une association humanitaire.

« Notre embarcation qui transportait 120 personnes est partie d’un site près de Tripoli il y a deux jours », a raconté vendredi à l’AFP un survivant, Koni Hassan, venu du Ghana et rencontré dans le centre de Khoms. Mais « le moteur est tombé en panne et (le bateau) a été détruit. Il y a eu beaucoup de morts ».  

Depuis le début de l’année, plus de 11 000 personnes ont été renvoyées vers la Libye, « au risque de les exposer à des violations des droits de l’homme, à la détention, aux abus, au trafic [humain] et à l’exploitation », a accusé l’OIM.  

Sur fond d’ingérences étrangères, ce riche pays pétrolier est plongé dans le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 et est depuis plusieurs années déchiré entre deux autorités rivales, l’une dans l’Ouest et l’autre dans l’Est.

« Horrible »

Malgré une insécurité persistante, la Libye reste une route majeure pour des milliers de migrants, en grande partie africains, ayant fui le désespoir, la pauvreté et la corruption pour tenter de rejoindre l’Europe, souvent au prix d’une odyssée longue et aléatoire.

Après les deux naufrages, l’OIM a appelé à « rétablir le sauvetage en mer » et à « mettre fin à la détention des réfugiés et migrants en Libye ».  

Dans ce contexte, passeurs et trafiquants profitent du chaos dans ce pays méditerranéen situé à quelque 300 kilomètres des côtes italiennes. Selon l’OIM, « plus des deux tiers des réfugiés et migrants interrogés en Libye et la moitié de ceux interrogés en Afrique de l’Ouest ont dit avoir utilisé des services de passeurs ».

Au moment où se multiplient les médiations pour sortir de l’impasse ce pays de quelque 7 millions d’habitants, un règlement du conflit apparaît essentiel pour prévenir les tragédies migratoires.

C’est « une autre tragédie horrible des migrants, un autre rappel de la nécessité d’un règlement du conflit maintenant, afin de se concentrer sur la prévention de tragédies comme celle-ci », a réagi l’ambassade des États-Unis en Libye, relocalisée à Tunis comme la majorité des chancelleries dans ce pays.

« Nous devons travailler ensemble pour empêcher que ces évènements horribles ne se reproduisent », a commenté l’ambassadeur européen pour la Libye, Jose Sabadell.