Depuis le 5 juin, des milliers de Maliens sont descendus dans les rues pour réclamer la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta. Mardi, la junte l’a forcé à quitter son poste, geste condamné à l’étranger. La crise au Mali est une déconfiture pour la communauté internationale, pourtant très investie dans le pays d’Afrique de l’Ouest, jugent des experts.

Janie Gosselin
Janie Gosselin La Presse

« L’approche internationale est un échec, c’est embarrassant », estime Bruno Charbonneau, directeur du Centre FrancoPaix en résolution des conflits et missions de paix. L’accent mis sur l’aspect sécuritaire pour lutter contre les terroristes s’est fait au détriment des autres questions pressantes au pays, comme celles de la démocratie, du développement, de la représentation de la population, juge-t-il.

Depuis 2012, le nord du pays est sous le contrôle de groupes armés djihadistes, dont Al-Qaïda au Maghreb islamique. Au début de l’année 2013, la France a lancé une intervention armée au pays. Plus de 12 000 Casques bleus et policiers de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ont aussi été déployés.

Un accord de paix a été signé en 2015, mais les attaques et les tensions ont continué.

Inquiétudes

À l’insécurité et aux scandales politiques s’est greffée une flambée des prix, dans un des pays les plus pauvres de la planète. Les Maliens en ont ras le bol et l’ont fait savoir haut et fort ces derniers mois. Les opposants au président Keïta, actifs dans le mouvement de contestation, ont salué le coup d’État comme la « victoire du peuple malien ». Les militaires ont assuré vouloir mettre en place une « transition politique civile » dans un « délai raisonnable ».

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Ibrahim Boubacar Keïta

La communauté internationale, tant sur le continent africain qu’ailleurs, s’est plutôt inquiétée d’une nouvelle instabilité dans la région. Jeudi, les pays voisins du Mali ont réclamé le « rétablissement » du président Keïta, détenu, avançant des risques liés au terrorisme et au crime organisé en l’absence d’un véritable gouvernement.

Le Mali fait pourtant l’objet d’une attention internationale soutenue depuis de nombreuses années.

1 milliard US
Somme que reçoit chaque année le Mali en aide internationale, selon les données de l’OCDE

« Je ne vois pas [le coup d’État] comme une question malo-malienne, mais comme une question régionale et même internationale », explique David Morin, de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Le Canada a également des réflexions à faire, dit-il.

Aide canadienne

Le Mali est, bon an, mal an, parmi les cinq pays en tête de liste des bénéficiaires de l’aide canadienne. Depuis 2000, le Canada a fourni environ 90 millions par année en aide au pays, selon Affaires mondiales Canada. En janvier dernier, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, était à Bamako, annonçant huit projets d’une valeur de plus de 78,9 millions.

« Le Canada a vraiment fait des tentatives, [le Mali] a vraiment tenté de démontrer entre autres des enjeux de bonne gouvernance », estime de son côté le directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal, François Audet, qui déplore le désengagement politique et pour les missions de paix du Canada en Afrique. « Ce n’est pas juste une question d’argent », ajoute-t-il, soulignant l’importance des relations.

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Des militaires canadiens participent à une démonstration à Gao, au Mali, en décembre 2018.

Ottawa a fourni un contingent d’environ 250 militaires et 8 hélicoptères en 2018 pour 14 mois, dans le cadre d’une mission de paix de l’ONU, une aide jugée plutôt réduite à l’époque par des experts.

Malgré les chiffres importants, le Canada est loin d’être un acteur de premier plan au Mali. Les institutions de l’Union européenne et les États-Unis ont donné, pour les années 2017-2018, plus de 200 millions US en moyenne chacun.

Le Canada a des ententes bilatérales avec le Mali, où se trouvent aussi des sociétés minières canadiennes. Des ONG québécoises ont également renforcé les liens au cours des années sur le terrain dans ce pays dont le français est la langue officielle.

« Le plus important, c’est que le Canada ne se contente pas de condamner le coup d’État, mais que, comme les alliés, il se pose la question de ce qu’il aurait pu faire différemment, mais surtout de ce qu’il peut faire maintenant pour trouver une solution pacifique, pour qu’il y ait rapidement une transition démocratique, et que ça ne se reproduise pas », souligne David Morin.

— Avec l’Agence France-Presse