(Abidjan) L’ex-chef des Jeunes patriotes ivoiriens Charles Blé Goudé a été condamné lundi par contumace à vingt ans de prison par la justice ivoirienne, lors d’une audience surprise où ses avocats étaient absents.

Agence France-Presse

C’est M. Blé Goudé lui-même, joint par téléphone à La Haye où il est en liberté conditionnelle après son acquittement par la Cour pénale internationale (CPI), qui a annoncé à l’AFP, tard lundi soir, sa condamnation à « 20 ans de prison, 10 ans de privation de ses droits civiques, 200 millions de francs CFA » (300 000 euros) de dommages et intérêts à une partie civile.

Il a été reconnu coupable par le tribunal criminel d’Abidjan de « complicité de meurtre, de coups et blessures volontaires, de violences et voies de fait », dans le cadre de la crise postélectorale de 2010-2011, a précisé mardi Me Suy Bi Gohoré, l’un de ses avocats, qui a pu avoir des informations auprès du greffe, dans l’attente de recevoir une copie du jugement.

Des faits qui diffèrent singulièrement des accusations d’« actes de torture, homicides volontaires, viol », évoqués par le procureur général de la Cour d’appel d’Abidjan Léonard Lebry lors de l’annonce du procès le 7 novembre.

M. Blé Goudé est également condamné à « 10 ans d’interdiction de paraître sur le territoire » de Côte d’Ivoire, « sauf sur son lieu de naissance », a précisé Me Suy Bi Gohoré.

M. Blé Goudé s’est dit « surpris par ce verdict », prononcé sans la présence d’un avocat, contrairement à ce que prévoit la procédure pénale ivoirienne.

« Comment peut-on le juger par contumace ? C’est un procès inéquitable, en violation de la loi. C’est évidemment un procès politique », a estimé mardi Me Suy Bi Gohoré.

« Catastrophe annoncée »

Pour le parti de M. Blé Goudé, le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep), le pouvoir ivoirien cherche à « l’empêcher de revenir en Côte d’Ivoire pour faire de la politique ».

« Pour le pouvoir, créer une atmosphère préélectorale tendue rentre dans sa stratégie pour se maintenir », a déclaré le secrétaire général du Cojep, Patrice Saraka, alors que la prochaine élection présidentielle doit se tenir en octobre 2020.

AFP

Laurent Gbagbo

« Cela renforce notre conviction qu’il faut un dialogue, que les forces politiques puissent se parler pour dénouer les conflits ». « Il faut œuvrer pour que 2020 ne soit pas la catastrophe annoncée » avait déclaré plus tôt Aimé-Claude Mambo-Abbé, directeur de la communication du Cojep.

Transféré par les autorités ivoiriennes à la CPI en 2014, M. Blé Goudé a été jugé avec son ancien mentor, l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, pour crimes contre l’humanité. Tous deux ont été acquittés début 2019 et placés en liberté conditionnelle, la procureure de la CPI ayant fait appel. M. Blé Goudé ne peut pas rentrer en Côte d’Ivoire tant que la procédure n’est pas terminée.

L’ancien « général de la rue », ainsi surnommé pour sa capacité à mobiliser les partisans de Laurent Gbagbo, a annoncé en juin avoir des ambitions présidentielles à long terme, après le prochain scrutin.

Le mouvement des Jeunes patriotes a souvent été qualifié de milice par les détracteurs de Charles Blé Goudé et par des ONG internationales. Ces dernières considèrent que M. Blé Goudé a été l’un des principaux acteurs de la montée de la tension en Côte d’Ivoire dans la décennie 2000, qui a culminé en 2010-2011 avec les violences postélectorales ayant fait plus de 3000 morts.

« Dérives dictatoriales »

L’annonce de la condamnation de M. Blé Goudé survient huit jours après le début de l’affaire Guillaume Soro, l’ancien président de l’Assemblée nationale qui s’est déjà déclaré candidat à la présidentielle de 2020.

L’ex-chef de la rébellion ivoirienne des années 2000, actuellement en France, est visé par un mandat d’arrêt international de la justice ivoirienne, qui l’accuse de « complot » et d’avoir préparé « une insurrection civile et militaire » pour s’emparer du pouvoir.

Début novembre, Laurent Gbagbo a été condamné par contumace en appel à 20 ans de prison pour le « braquage » de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest pendant la crise postélectorale.

L’opposition a dénoncé mardi dernier des « dérives dictatoriales » du pouvoir.

Le président Ouattara a déclaré samedi que « nul ne sera autorisé à déstabiliser la Côte d’Ivoire » et que « le droit sera appliqué à tous, candidat ou pas ».

Il doit prononcer mardi à 20 h locales (15 h, HE) sa traditionnelle allocution à la nation pour la nouvelle année. L’ex-président ivoirien Henri Konan Bédié, chef du principal parti d’opposition, et Guillaume Soro ont annoncé eux aussi des allocutions au même moment.