(Alger) Au moins cinq jeunes de 13 à 22 ans ont péri jeudi soir à Alger dans une bousculade à l’entrée d’un concert du rappeur Soolking, dont une chanson est dédiée au mouvement de contestation en Algérie.

Agence France-Presse

La bousculade est survenue à l’une des entrées du Stade du 20-Août abritant le concert, dans le quartier populaire de Belouizdad.

«Nous avons transporté 13 victimes dans un état critique vers l’hôpital Mustapha» d’Alger, où cinq d’entre elles sont décédées, «deux jeunes filles de 19 et 22 ans et trois garçons de 13, 21 et 16 ans», a déclaré le capitaine Nassim Bernaoui, de la Protection civile.

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Le Stade du 20-Août au lendemain du concert.

Sur place, un médecin ayant requis l’anonymat a indiqué à la mi-journée que sept blessés restaient hospitalisées dans un état critique, sans pouvoir se prononcer sur le 8e.

En tout, 86 personnes ont été prises en charge sur les lieux de la bousculade, dont «32 évacuées à l’hôpital», a précisé le capitaine Bernaoui.

Le Parquet d’Alger a annoncé une enquête devant «déterminer les responsabilités et les circonstances de cet accident».

Critiqué sur les réseaux sociaux pour avoir poursuivi son spectacle, Soolking a expliqué sur Facebook vendredi en fin d’après-midi n’avoir pas eu connaissance du drame avant ou durant le concert, pas plus que les autres artistes se produisant.  

«Aucun de nous n’aurait mis un pied sur scène ayant cette funeste nouvelle», assure le rappeur algérien. «Nous sommes tous dévastés et sous le choc, mais nous savons que ce n’est rien devant la douleur que peuvent ressentir les familles et proches des victimes».

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À mesure que le début du concert approchait, «ça a créé une bousculade» et «des gens sont tombés».

Le président par intérim Abdelkader Bensalah et le premier ministre Noureddine Bedoui, contestés par la rue, ont tour à tour publié des messages de condoléances. Selon la télévision nationale, le directeur général de l’Office national des Droits d’auteurs, organisme public qui organisait le concert, a été limogé vendredi.

Devant l’hôpital Mustapha, Ahmed Kadi, les yeux rougis, attend de récupérer le corps de sa fille Chourouk, 18 ans, sa «benjamine» qui «devait passer son bac cette année».

«Je ne savais même pas que ma femme et ma fille se rendaient au concert. Il y a eu bousculade, elles ont été séparées», explique-t-il, se disant certain que «les organisateurs ont mal fait leur travail».

«Quatre petits accès»

Non loin, Abderezak, 63 ans, accompagne son ami Rachid Kadri venu récupérer la dépouille de sa fille Chiraz, 19 ans.

«Il n’était pas prévu que Chiraz y aille mais comme elle a eu son bac, son père a voulu lui faire un cadeau et l’a laissé partir avec ses copines», raconte-il, estimant «criminel d’organiser un concert pareil au Stade du 20-août», petit et vétuste.

Selon l’agence de presse officielle APS, la bousculade s’est produite vers 20h locales «devant une des entrées secondaires du Stade du 20-Août où la foule se pressait». Le concert a commencé 30 minutes plus tard et duré quatre heures, devant «plus de 30 000 spectateurs».

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C’était le premier concert en Algérie de Soolking depuis l’explosion de sa carrière internationale en 2018.

Alors que plusieurs milliers de personnes étaient rassemblées devant le stade dès l’après-midi, «il n’y avait que quatre petits accès, ne permettant de faire entrer qu’une personne à la fois», a expliqué le journaliste indépendant Akram Kharief, qui a compilé de nombreux témoignages, notamment au sein des services de sécurité.

À mesure que le début du concert approchait, «ça a créé une bousculade» et «des gens sont tombés», a-t-il ajouté. Selon des témoignages sur les réseaux sociaux, le stade était alors comble et de nombreux fans munis de billets toujours à l’extérieur.

C’était le premier concert en Algérie, et l’unique prévu, de Soolking, 29 ans, depuis l’explosion de sa carrière internationale en 2018. De son vrai nom Abderraouf Derradji, il vit en France depuis 2014.

En mars 2019, Soolking a dédié une chanson, La Liberté, au mouvement inédit de contestation du régime qui avait éclaté moins d’un mois plus tôt.

Elle a été souvent entonnée dans les manifestations massives qui se déroulent chaque vendredi en Algérie depuis le 22 février et qui ont poussé à la démission le président Abdelaziz Bouteflika après 20 ans au pouvoir.