(Pemba) Des dizaines de milliers de personnes étaient menacées dimanche dans l’extrême-nord du Mozambique par la montée « dévastatrice » des eaux consécutive au passage du cyclone Kenneth, qui a déjà causé au moins 5 morts et d’importants dégâts.

Agence France-Presse

Les fortes pluies qui continuent à se déverser sur toute la région du Cabo Delgado ont provoqué les premières inondations dans plusieurs quartiers de la capitale provinciale, Pemba, et dans les régions  alentour, selon des journalistes de l’AFP.

Encore verts il y a à peine vingt-quatre heures, de nombreux champs de la lisière de la ville ont été envahis par les eaux, ainsi que la principale route qui mène de Pemba jusqu’à la frontière tanzanienne au nord.

« Il pleut énormément depuis dimanche matin, on s’attend à des inondations violentes dans Pemba et autour », a déclaré une porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), Deborah Nguyen.

« On est très inquiets car les prévisions anticipent de fortes pluies pendant les quatre jours qui viennent », a ajouté Mme Nguyen, « on estime que le niveau des précipitations sera deux fois supérieur à celui qui a accompagné le cyclone Idai quand il a frappé Beira le mois dernier ».

Il y a six semaines, Idai a touché Beira, la deuxième ville du Mozambique, puis l’est du Zimbabwe, faisant un millier de morts et des centaines de milliers de sans-abri.

A un millier de kilomètres plus au nord, c’est désormais au tour de Pemba et de ses 400 000 habitants d’être menacés.

«On a peur»

« Des maisons ont commencé à s’écrouler dans le quartier de Natite, selon nos équipes de secours. Nous redoutons malheureusement des inondations dévastatrices en conséquence du #CycloneKenneth », a tweeté dimanche le Bureau de coordination des affaires humanitaires (Ocha) de l’ONU.

Selon les chiffres des autorités mozambicaines donnés aux ONG, 200 000 personnes sont menacées à Pemba.

Dans le petit village de Mieze, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Pemba, des centaines de personnes se sont retrouvées encerclées par les eaux.

« On est inquiet à cause des inondations, on ne sait pas où il va y en avoir », a confié à l’AFP l’un d’eux, Filomeno Sira, 45 ans. « Le gouvernement nous a dit de monter au sommet de la colline si l’eau continuait à monter. On a peur parce qu’on ne sait rien ».

Le bilan provisoire publié dimanche par l’Institut mozambicain de gestion des situations d’urgence (INGC) fait état de 5 morts, de plus de 23 000 sans-abri et de près de 35 000 habitations partiellement ou totalement détruites.

Le PAM a commencé à distribuer des rations alimentaires aux sinistrés mais a dû suspendre ses opérations en direction des régions les plus isolées en raison de la coupure des routes. Un hélicoptère était attendu à Pemba pour permettre de les reprendre au plus vite.

«Survivre»

« Nous avons de graves inquiétudes pour des milliers de familles qui vivent dans les décombres de leurs maisons », a souligné Nicholas Finney, le responsable sur place de l’ONG Save the Children. « Ils ont besoin en urgence de vivres, d’eau et d’un abri pour survivre ».

Au nord de la capitale provinciale, la ville de Macomia pansait ses plaies dimanche. Habitations et commerces détruits, toits arrachés, arbres et pylônes électriques à terre. Kenneth y a causé d’importants dégâts.

« Les services de la météo nous avaient informés de l’arrivée du cyclone mais nous n’en avons réalisé la force que quand il nous a frappés », a raconté à l’AFP le maire Fernando Neves. « Nous essayons maintenant de reconstruire nos vies et de revenir à la normal ».

Dans le centre de santé de la ville, le personnel médical est contraint de faire avec les moyens du bord, privé d’alimentation électrique comme ses 90 000 habitants et de médicaments.

« Ce patient n’a pas mangé et nous n’avons pas d’antipaludéens », s’est plaint l’infirmier Joaquim Benedito devant un adolescent de 15 ans atteint de malaria, « il dormait dehors quand le cyclone a frappé la côte ».

La région frappée par Kenneth est nettement moins peuplée que celle de Beira, dévastée par Idai. Elle est toutefois très fragilisée depuis un an et demi par les raids meurtriers d’un groupe djihadiste que l’armée ne parvient pas à contrôler.

Avant d’atteindre le continent, Kenneth est passé au large du petit archipel des Comores. Il y a fait au moins 5 morts, selon un bilan publié samedi par le directeur de la Sécurité civile locale, Ismael Mugne Daho. « Nous avons enregistré 41 161 personnes affectées, 14 541 personnes déplacées et 189 blessés », a-t-il ajouté.