La Tanzanie endeuillée a réservé des « funérailles nationales » dimanche aux victimes du naufrage du transbordeur qui a chaviré trois jours plus tôt dans le sud du lac Victoria, faisant au moins 224 morts, et qui transportait près de trois fois le nombre de passagers autorisés.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Au cours d'une cérémonie sur l'île d'Ukara, au large de laquelle le transbordeur a chaviré, le premier ministre, Kassim Majaliwa, a évoqué « un grand deuil pour la nation tout entière ». Symboliquement, une dizaine de cercueils ont été placés dans des tombes individuelles, notamment ceux contenant des corps qui n'ont pu être identifiés.

Les autres cercueils ont été mis en terre après la cérémonie, apportés par des proches souhaitant des funérailles plus intimes.

Les représentants de plusieurs confessions religieuses se sont relayés au micro dimanche pour de brèves prières, et des gerbes de fleurs ont été disposées devant les cercueils. Les drapeaux, comme dans tout le pays, étaient en berne, quatre jours de deuil national ayant été décrétés vendredi par le président John Magufuli.

M. Majaliwa a indiqué qu'un mémorial serait érigé à Ukara et que les opérations de recherches des corps se poursuivaient, ainsi que des travaux en vue de sortir le transbordeur du lac, même si, selon les dires du ministre des Transports, Isack Kamwelwe, « l'essentiel est fait ».

De fait, dimanche, des plongeurs s'affairaient encore autour de la coque, qui affleurait à quelques dizaines de mètres à peine de l'île d'Ukara, la destination finale du transbordeur. Le naufrage a eu lieu non loin du rivage, mais, peu de gens sachant nager, comme c'est souvent le cas en Afrique, le bilan a pris des proportions dramatiques.

Le premier ministre a communiqué les derniers chiffres : 224 morts - 126 femmes, 71 hommes, 17 filles et 10 garçons - et 41 rescapés, avant d'évoquer les causes de la catastrophe.

« Selon les premières informations, l'une des causes de l'accident est la surcharge, a-t-il dit. Le gouvernement a pris certaines mesures. Nous avons déjà procédé à l'arrestation de toutes les personnes responsables de la conduite et de la supervision du MV Nyerere. [...] Les interrogatoires ont commencé ».

Dans la soirée, la présidence tanzanienne a annoncé que l'enquête avait été « confiée aux organes de défense et de sécurité ».

Le ministre des Transports a ensuite détaillé : « Selon les informations dont nous disposons maintenant, ce transbordeur avait embarqué 265 passagers, contre une capacité de 100 à 101 personnes ».

Sans expérience

Selon certains témoins et survivants, des passagers se sont déplacés vers l'avant du navire à l'approche du débarcadère, et ce mouvement a déséquilibré le bateau. Selon d'autres, la personne à la barre, distraite par son téléphone portable, a raté la manoeuvre d'approche et, souhaitant se rattraper, a effectué une manoeuvre brutale qui a fait chavirer le transbordeur.

Vendredi soir, le président tanzanien, John Magufuli, avait révélé que le capitaine, absent, avait laissé à la manoeuvre un subordonné sans expérience.

Le président tanzanien avait promis vendredi soir que « les responsables seraient absolument punis » et, dimanche, il a annoncé la dissolution du conseil d'administration de l'institution chargée de la gestion du transbordeur, l'Agence tanzanienne des services électriques et mécaniques.

La surcharge des embarcations est un facteur fréquent des catastrophes sur le plus grand lac d'Afrique, traversé par des navires vétustes, dont les autorités sont souvent peu regardantes sur la sécurité. En 1996, quelque 800 personnes, selon la Croix-Rouge, avaient trouvé la mort dans le naufrage du transbordeur Bukoba, surchargé de passagers, à quelques milles au large de Mwanza.

L'espoir de voir évoluer le nombre de rescapés est désormais quasi nul. Contre toute attente cependant, le machiniste a été extrait vivant de l'épave samedi, après avoir survécu près de deux jours dans un compartiment du navire encore rempli d'air.

Le transbordeur MV Nyerere, du nom du premier président tanzanien Julius Nyerere, assurait la liaison entre l'île d'Ukara et celle, située juste en face, d'Ukerewe, qui abrite la localité de Bugolora, où les habitants d'Ukara viennent régulièrement s'approvisionner.