Les dirigeants des États d'Afrique de l'Est ont appelé jeudi à Addis Abeba à donner une nouvelle chance à la paix au Soudan du Sud, qui semble toutefois encore lointaine malgré la rencontre très attendue la veille entre les deux principaux protagonistes du conflit.

Mis à jour le 21 juin 2018
Chris STEIN AGENCE FRANCE-PRESSE

Mis sous pression par la communauté internationale, le président sud-soudanais Salva Kiir et le rebelle Riek Machar se sont entretenus mercredi soir, pour la première fois en deux ans, à l'invitation du premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. Ce dernier préside l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), organisation régionale qui oeuvre depuis de longs mois à réactiver le processus de paix.

M. Machar a qualifié la rencontre de «cordiale», selon un communiqué de son mouvement, le SPLM-IO, alors que des images de la rencontre montrent MM. Kiir, Machar et Abiy enlacés maladroitement dans une accolade à trois, affichant de larges sourires.

Mais, a ajouté le SPLM-IO, la résolution des «causes profondes du conflit» demandera du «temps», qualifiant d'«irréaliste» la manière dont sont menés les actuels efforts de paix.

Jeudi, les chefs d'État des pays membres de l'Igad - notamment le Soudanais Omar el-Béchir, le Kényan Uhuru Kenyatta, le Somalien Mohamed Abdullahi Mohamed - étaient réunis dans la capitale éthiopienne pour tenter d'accentuer la pression sur MM. Kiir et Machar afin de relancer les pourparlers.

«Chaque seconde et minute qui passent sans que rien ne change sont des opportunités manquées de sauver des vies», a déclaré Abiy Ahmed à l'ouverture du sommet, quelques minutes après une nouvelle poignée de main entre MM. Kiir et Machar.

Le président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki, présent au sommet de l'Igad, a renchéri en s'adressant aux deux rivaux: «tous les regards sont tournés vers votre volonté de rendre possible le rêve de la paix au Soudan du Sud».

La réunion des chefs d'État s'est ensuite déroulée à huis clos et s'est achevée dans la soirée sans qu'aucun d'entre eux ne s'adresse à la presse. L'Igad a annoncé la publication d'un communiqué, vraisemblablement le lendemain.

Selon un communiqué de la présidence, les chefs d'État ont à nouveau brandi la menace de sanctions contre ceux qui alimentent ce conflit débuté fin 2013, deux ans après l'indépendance du pays, et qui a fait des dizaines de milliers de morts, près de quatre millions de déplacés (sur une population de 12 millions d'habitants) et provoqué une crise humanitaire catastrophique.

«Au fil du temps, nos efforts (de paix) ont été éclipsés par l'usage de la violence, et cela donne du crédit aux appels à prendre des mesures punitives contre ses auteurs», a déclaré le président kényan Uhuru Kenyatta, selon ce communiqué.

Défiance

La dernière rencontre entre MM. Kiir et Machar avait eu lieu en juillet 2016, quelques heures avant que n'éclatent dans la capitale Juba d'intenses combats entre leurs forces.

Ces affrontements avaient forcé le chef rebelle à fuir en Afrique du Sud via la République démocratique du Congo (RDC), et avaient signifié l'échec d'un accord de paix conclu en août 2015 ayant permis à M. Machar d'être réinstallé au poste de vice-président.

Les observateurs se veulent prudents quant à l'issue des pourparlers de paix, et évoquent les nombreux cessez-le-feu violés depuis le début du conflit ainsi que la profonde défiance entre MM. Kiir et Machar. Ils s'interrogent aussi sur la capacité des deux hommes à mettre un terme à une guerre dans laquelle s'affrontent de nombreux groupes armés.

Il n'est par ailleurs pas certain que M. Kiir soit disposé à faire la moindre concession. Ses forces semblent en passe de prendre le dessus militairement face à une rébellion de plus en plus éclatée.

La communauté internationale, en premier lieu les États-Unis, qui ont soutenu l'indépendance du pays et restent son principal donateur, pèse de tout son poids depuis plusieurs mois pour tenter de ranimer l'accord de paix d'août 2015.

Début juin, le Conseil de sécurité de l'ONU avait donné jusqu'à la fin du mois aux belligérants pour faire respecter ce cessez-le-feu et arriver à «un accord politique viable», brandissant la menace de sanctions.