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CPI: l'Ivoirien Blé Goudé accusé de meurtres et viols

Ex-ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo et... (PHOTO THIERRY GOUEGNON, ARCHIVES REUTERS)

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Ex-ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo et chef des «jeunes patriotes», milices pro-Gbagbo parfois extrêmement violentes, Charles Blé Goudé avait été arrêté le 17 janvier au Ghana après plus d'un an et demi de cavale et extradé dès le lendemain vers la Côte d'Ivoire, où il est détenu.

PHOTO THIERRY GOUEGNON, ARCHIVES REUTERS

Nicolas DELAUNAY
Agence France-Presse
LA HAYE, Pays-Bas

Les hommes sous l'autorité de l'Ivoirien Charles Blé Goudé, proche de l'ex-président Laurent Gbagbo, ont tué, violé, brûlé vif et persécuté des centaines de personnes lors des violences qui ont déchiré la Côte d'Ivoire en 2010 et 2011, a accusé lundi le procureur de la Cour pénale internationale.

L'ex-chef des «jeunes patriotes», un mouvement pro-Gbagbo extrêmement violent, «est responsable de certains des pires crimes» commis après l'élection présidentielle de novembre 2010, a soutenu le procureur Fatou Bensouda lors d'une audience dite de confirmation des charges.

Plus de 3000 personnes avaient été tuées en Côte d'Ivoire dans les cinq mois qui ont suivi l'élection.

Le crâne soigneusement rasé, portant des lunettes aux montures noires et un costume sombre, Charles Blé Goudé, 42 ans, a régulièrement pris des notes lors de l'audience.

Dans la galerie du public, les propos de Mme Bensouda ont été accueillis par des soupirs et rires sarcastiques d'une dizaine de partisans de M. Blé Goudé.

À l'extérieur de la CPI, une quarantaine de partisans de MM. Gbagbo et Blé Goudé s'étaient rassemblés pour réclamer la libération des deux hommes.

Surnommé le «général de la rue» pour sa capacité à mobiliser les foules, M. Blé Goudé est accusé d'avoir participé à un plan commun fomenté par Laurent Gbagbo et son entourage pour conserver le pouvoir.

Laurent Gbagbo affirme avoir été évincé en faveur de son rival Alassane Ouattara, reconnu vainqueur des élections par la communauté internationale, à la suite d'un complot mis sur pied par la France, ancienne puissance coloniale.

«Charisme, talents d'orateur»

À l'issue de l'audience de confirmation des charges, qui dure jusqu'à jeudi, les juges doivent décider si le dossier de l'accusation est assez solide pour justifier un procès. Une décision doit être rendue dans les 60 jours.

«Par son charisme et ses talents d'orateur, il a galvanisé des milliers de jeunes», a soutenu Eric MacDonald, représentant le bureau du procureur.

Ces jeunes étaient armés, formés et intégrés à la chaîne de commandement des Forces de défense et de sécurité ivoiriennes (FDS), fidèles à Laurent Gbagbo, selon l'accusation.

M. Blé Goudé doit répondre de quatre chefs de crimes contre l'humanité liés à cinq événements «représentatifs», selon l'accusation, de ses crimes, dont la répression sanglante de manifestations pro-Ouattara ou le bombardement à l'arme lourde d'un quartier densément peuplé d'Abidjan, Yopougon.

L'accusation le tient pour responsable d'au moins 184 meurtres, 38 viols, 126 actes inhumains et 348 persécutions.

Justice sera rendue des deux côtés

«Il y a une grande différence entre un activisme public légitime et une conduite criminelle», a soutenu son avocat Nick Kaufman. Les discours enflammés de M. Blé Goudé «peuvent heurter la sensibilité européenne», mais ne signifient pas qu'il a appelé à la violence.

La défense a en outre soutenu lundi que les faits reprochés n'étaient pas assez «graves» que pour justifier des poursuites de la part de la CPI, créée en 2002 pour poursuivre les plus hauts responsables de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.

«Avec le plus grand respect pour les victimes dans cette affaires et leurs souffrances individuelles, la défense soutient que le nombre de victimes attribuées au suspect ne dépasse pas le seuil de gravité requis», a soutenu la défense dans une requête déposée lundi, demandant l'abandon des poursuites.

Laurent Gbagbo est en détention à La Haye et sera jugé par la CPI tandis que son épouse Simone, réclamée par la CPI, est détenue en Côte d'Ivoire. Mais aucun membre du camp Ouattara n'a encore été inquiété par la CPI.

Fatou Bensouda s'est pourtant voulue rassurante: «notre enquête dans ce pays n'est pas terminée, cela prend du temps». «La justice sera rendue, des deux côtés».




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