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Samuel Kleda, un archevêque camerounais en mission au Canada

L'archevêque Samuel Kleda croit que les actions de... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

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L'archevêque Samuel Kleda croit que les actions de Boko Haram au Nigeria sont pires que la traite des Noirs par les pays occidentaux.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

L'archevêque de la plus grande ville du Cameroun, Mgr Samuel Kleda, est en visite à Montréal. Il a été invité par son homologue de Montréal, Christian Lépine, pour rencontrer les fidèles de la mission Notre-Dame-d'Afrique, qui dessert depuis l'an dernier les catholiques montréalais d'origine africaine. La Presse a rencontré Mgr Kleda pour discuter de la présence des prêtres africains au Québec, en «mission inversée», de Boko Haram et d'homosexualité.

Q : De plus en plus de prêtres africains sont envoyés dans les paroisses d'Europe et d'Amérique du Nord qui manquent de prêtres. Sont-ils venus reconvertir l'Occident?

R : Il y a beaucoup de prêtres africains ici à Montréal. Certains évêques du Canada ont signé des contrats de collaboration avec des évêques africains, même s'il y a parfois une certaine réticence. Dans le cadre de la nouvelle évangélisation des pays chrétiens de longue date, le pape Benoît XVI avait demandé à ce que cette coopération soit structurée. Les évêques africains sont ouverts à cet appel, parce que beaucoup de nos diocèses ont assez de prêtres et beaucoup de vocations. À Douala par exemple, on a chaque année 10 ordinations (NDLR: contre trois ou quatre à Montréal). Il faudrait par contre une structure de formation, comme il en existait il y a 100 ans pour les missionnaires européens qui vont en Afrique. Il y a des prêtres africains qui ont des difficultés ici à Montréal avec le style de vie, la manière d'aborder les gens.

Q : Par exemple?

R : Chez nous un prêtre peut arriver chez les gens sans s'annoncer. Ici c'est mal vu, les gens aiment être prévenus. Il y a aussi des manières différentes de prêcher. Certains thèmes, comme l'avortement ou l'homosexualité, sont plus difficiles à aborder ici. On ne doit pas taire les exigences de la parole de Dieu et son caractère radical, mais il ne faut pas blesser les gens.

Q : Justement, certains pays africains ont fait les manchettes en Occident avec des lois interdisant l'homosexualité. Qu'en est-il au Cameroun?

R : Selon notre culture, c'est vraiment une déviation, une perversion. Par exemple, si vous allez dans un village et annoncez aux gens qu'un homme peut se marier à un autre homme, ou une femme avec une femme, on va vous chasser. C'est inconcevable. Nous avons une loi contre l'homosexualité qui n'a jamais posé de problème à personne chez nous. Il n'y a pas longtemps, l'Union européenne a financé un programme de promotion de l'homosexualité. L'un de nos ministres s'est levé pour s'opposer à ce que l'argent du développement favorise l'homosexualité. Quand notre président était en France, les journalistes lui demandaient ce qu'il allait faire à propos de cette loi. Il a répondu «on y réfléchit» [rires]. Il sait qu'un changement à cette loi ne passerait pas.

Q : Comment alors un prêtre africain devrait-il aborder cette question au Québec sans trahir sa conscience?

R : Il peut par exemple remettre en question la nécessité pour l'homme de chercher le plaisir selon tous les moyens.

Q : Cet automne, un synode sur la famille aura lieu au Vatican. Quels sont les défis pour l'Afrique à cet égard?

R : Le mariage et la famille sont menacés par les valeurs occidentales relayées par les médias et les films occidentaux. La famille en Afrique dépasse l'union de deux personnes, c'est l'union de deux communautés. Par exemple dans mon ethnie, le jour du mariage, les parents du garçon offrent une lance en échange de la fille. C'est une manière de dire qu'il n'y aura plus de guerre entre les deux familles. Chez nous, s'il y a une mésentente entre l'homme et la femme, leurs familles vont les aider à retrouver l'entente. Ici à Montréal, il est mal vu de se mêler des affaires d'un couple.

Q : Y a-t-il au Cameroun une tradition de polygamie que doit combattre l'Église?

R : C'est vraiment en diminution. Même les gens qui ne sont pas chrétiens ne se sentent pas capables d'avoir deux femmes. Ça demeure encore un peu dans les villages, là où les femmes peuvent cultiver les champs et il ne faut pas tout leur fournir.

Q : Des vaticanistes rapportent que certains prêtres africains doivent prendre une concubine parce que dans certaines régions un homme n'ayant pas de femme a un statut social moins important. Est-ce vrai?

R : C'est une mauvaise compréhension des choses. Au contraire, en Afrique un prêtre qui fait ce sacrifice est un homme respecté, même chez les non-chrétiens. Ceci dit, il y a probablement de l'infidélité. N'importe qui peut tomber. Mais il n'est pas toléré dans la société africaine qu'un prêtre ait une concubine. D'ailleurs, avant les fêtes traditionnelles, on observe l'abstinence.

Q : Le groupe terroriste Boko Haram sévit dans le nord du Cameroun? Pourquoi là et quelles sont les raisons de son succès?

R : Si la secte n'avait pas vu le jour dans le nord du Nigeria, mais ailleurs, on la retrouverait ailleurs au Cameroun. Il n'y a pas de problème particulier au nord du Cameroun, mais un problème généralisé de manque d'emplois pour les jeunes. À Douala, ils doivent faire les taxis en moto. Pour moi, Boko Haram, particulièrement l'enlèvement de plus de 200 écolières qui ont été réduites en esclavage au Nigeria, est pire que la traite des Noirs par les pays occidentaux. Dans le temps de la colonisation occidentale, l'esclavage était organisé par les chefs tribaux africains. Maintenant, il s'agit uniquement de violence.

Q : Connaissez-vous Gilberte Bussières, cette religieuse québécoise qui a été enlevée et retenue en captivité pendant près de deux mois dans le nord du Cameroun ce printemps? Était-ce l'oeuvre de Boko Haram?

R : J'ai travaillé avec soeur Gilberte dans sa paroisse. Ce sont des gens de Boko Haram qui l'ont enlevée, pour obtenir de l'argent. Une rançon a été payée.




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