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Nigeria: vers un autre califat islamique?

Influencé par l'EI, Boko Haram, mené par son... (IMAGE ARCHIVES AFP/BOKO HARAM)

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Influencé par l'EI, Boko Haram, mené par son chef Abubakar Shekau (au centre), a récmment modifié sa stratégie: il tente désormais de prendre le contrôle des villes.

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La proclamation d'un califat par l'État islamique en Syrie et en Irak fait des petits. Au Nigeria, le groupe terroriste Boko Haram ne se contente plus d'organiser des attentats. Il contrôle maintenant des territoires et affirme vouloir y créer un nouvel État. Sa prochaine cible pourrait bien être Maiduguri, une ville de près de 2 millions d'habitants. La Presse en discute avec Robert Rotberg, associé au Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale (CIGI).

Q: Le groupe Boko Haram est connu pour lancer des raids et mener des attentats, puis se replier dans ses bastions. Or, il conquiert maintenant des villes et des territoires dans le nord-est du Nigeria sur lesquels il maintient le contrôle. Faut-il y voir un changement de stratégie?

R: Oui. Ils pourraient avoir été influencés par le modèle de l'État islamique en Irak. Ils ont clairement dit dans une vidéo récente vouloir instaurer un califat dans le nord-est du Nigeria. Chaque fois qu'ils capturent une ville, ils mettent la main sur plus d'argent, d'armes et de munitions et deviennent une plus grande force de combat.

Q: L'armée du Nigeria est assistée par les services de renseignements de plusieurs pays pour l'aider à vaincre Boko Haram. Comment expliquer qu'elle ne puisse freiner sa progression?

R: Pour faire une réponse courte, l'armée nigériane se sauve au lieu de combattre. Et elle se sauve parce que le gouvernement fédéral, à commencer par le président Goodluck Jonathan, ne fait preuve d'aucun leadership sur cette question.

L'armée est minée par la corruption. Il existe des rapports selon lesquels les officiers volent les équipements et les munitions et laissent les soldats sans nourriture, sans eau et sans uniforme. Il est difficile de savoir si c'est vrai, mais on sait qu'au moins 600 soldats ont déserté seulement au cours de la dernière semaine.

Les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et Israël fournissent des renseignements, et mon impression est qu'ils interceptent des conversations et savent exactement ce qui se passe. Mais si l'armée nigériane n'a pas la motivation nécessaire pour utiliser ces renseignements et agir, ça n'a pas d'effet sur le terrain.

Q: Boko Haram pourrait donc être neutralisé avec de la volonté?

R: Le Nigeria a une armée de 67 000 hommes et compte 30 000 policiers. J'estime que Boko Haram compte au maximum 10 000 combattants, dont la plupart sont des enfants. N'importe quelle armée avec un minimum de respectabilité devrait être en mesure de venir à bout de ce groupe.

Boko Haram est loin de la force de frappe de l'État islamique, qui a pris de l'équipement militaire de très bon niveau des mains de l'armée irakienne et de l'armée syrienne.

Q: Y a-t-il des risques que Boko Haram étende ses opérations dans d'autres pays?

R: Ce que les États-Unis essaient de faire actuellement est justement de fermer les frontières. Même si l'armée du Cameroun est plus petite que celle du Nigeria, je crois qu'elle est plus motivée et qu'elle pourra empêcher Boko Haram de pénétrer au Cameroun. Et les meilleurs soldats de la région sont au Tchad. Les possibilités pour Boko Haram de s'étendre hors du Nigeria m'apparaissent donc diminuer.

Q: La communauté internationale pourrait-elle intervenir contre Boko Haram?

R: Les États-Unis sont maintenant pris en Irak. La France pourrait intervenir, mais c'est l'Angleterre, en tant qu'ancienne puissance coloniale, qui a la responsabilité, si on peut dire. C'est clair que toute cette histoire pourrait se régler en une semaine avec l'intervention de 1000 soldats des forces spéciales britanniques. Mais ce sera beaucoup plus compliqué si Boko Haram s'empare de Maiduguri, la capitale de l'État du Borno.

BOKO HARAM

Boko Haram, qui veut dire «l'éducation occidentale est un péché», est dirigé par Abubakar Shekau, dont la tête est mise à prix pour 7 millions US par Washington. Le groupe sème la terreur depuis sa fondation, en 2002, et ne cesse de gagner en puissance. Seulement dans les six premiers mois de 2014, il a fait au moins 2053 morts dans 95 attaques, selon Human Rights Watch.




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